Par Khaled Remouche
Des dizaines de milliards de dollars ont été injectées dans le secteur de l’hydraulique depuis 2000. Une bonne partie s’est volatilisée dans les surfacturations et les commissions dans les marchés ainsi que dans les réévaluations nées des glissements fréquents dans le planning des travaux. La situation actuelle en matière de disponibilité des ressources en eau est très critique. Si, dans deux mois, le niveau des barrages reste à un niveau modeste comme actuellement, un taux de remplissage à 44%, il sera procédé au rationnement de l’eau, avertissent plusieurs responsables du secteur. Dans ce scénario, la cote d’alerte étant atteinte, une bonne partie de la population devra s’armer de patience ou, pour ironiser, de jerrycans, pour parer aux coupures d’eau qui se généraliseront au cours de l’été prochain, au moment où les besoins des ménages seront à leur summum. Encore une fois, si ce scénario se produit, il manifestera un effet d’une gouvernance problématique du secteur depuis le début des années 2000. Il convient de rappeler que l’Algérie a dépensé entre 2005 et 2014 pas moins 60 milliards de dollars sans toutefois parvenir à assurer un approvisionnement continu de l’ensemble de la population, ce qu’on appelle le H 24, et à faire disparaître l’image des jerrycans dans les foyers. Une bonne partie de cette manne s’est volatilisée dans les surfacturations, les commissions et les réévaluations en raison des glissements fréquents dans les plannings des travaux. Autre réalité, les investissements se sont concentrés dans la réalisation de barrages et de transferts d’eau et beaucoup moins dans la maintenance des infrastructures, la réhabilitation des réseaux de distribution et l’assainissement de l’eau.
Conséquence de ce gap d’investissement, des fuites d’eau qui représentent une bonne partie des ressources en eau disponibles qui sont ainsi gaspillées. On évalue le taux de déperdition des ressources en eau à 50%. Un litre sur deux d’eau potable produit est ainsi gaspillée. Ce taux montre encore une fois que l’Algérie n’a pas tablé principalement dans ses investissements sur la réhabilitation des réseaux. Même topo pour les eaux épurées dont la production est essentielle pour diminuer les transferts d’eau énormes vers l’agriculture qui absorbe l’essentiel de la production d’eau potable en Algérie. La production d’eaux épurées est de seulement 400 millions de mètres cubes alors qu’elle devrait être de 1 à 2 milliards de mètres cubes. La situation aurait été plus catastrophique si l’Algérie n’avait pas investi dans les années 2000 dans les usines de dessalement d’eau de mer. Aujourd’hui, le gouvernement table sur de nouvelles usines de dessalement pour éviter des pénuries d’eau, notamment dans la capitale. Plusieurs projets sont en cours de réalisation, à Zéralda, Aïn Benian, Palm Beach, Bou Ismaïl et l’usine de dessalement de Daouda d’une capacité de 200 000 mètres cubes/jour destinés à alimenter en eau la capitale. Mais ces projets ne seront pas mis en service au cours de l’été prochain. Il faudra attendre au minimum 1 à 3 ans pour que ces installations soient opérationnelles. Le gaspillage de l’eau par les ménages, les agriculteurs et les commerçants complique les choses. Il faut rappeler que l’Algérie est un pays semi-aride classé caractérisé par son stress hydrique. Sur ce volet, les actions des pouvoirs publics semblent timides. Pas d’amendes contre les ménages, les industriels et les agriculteurs qui gaspillent l’eau. Pas de tarification de l’eau qui pénalise les gros consommateurs d’eau potable. Aujourd’hui, avec la raréfaction des ressources financières, il est plus urgent de parvenir à une grande efficacité dans les dépenses d’investissement et d’imaginer d’autres mécanismes de financement des investissements dans le secteur hydraulique.