Par Bouzid Chalabi
A une période où elle est censée être tout au moins moyenne, la pluviométrie ne s’est, au contraire, pas du tout ou rarement manifestée tout au long des mois de décembre et janvier qui arrive à sa fin. Un déficit criant qui fait craindre le pire dans le cas où cette carence venait à se prolonger dans le temps.
Et faute d’un retour de la pluie dans les jours à venir, le pays risque d’être confronté à une situation de stress hydrique élevée si l’on tient compte du manque de 2021.
Il faut dire dans ce sillage que les épisodes pluvieux enregistrés durant l’automne n’ont guère fléchi la tendance au stress hydrique. Pourquoi ? Selon les experts en hydrogéologie du pays «en plus d’être courts, les épisodes pluvieux ont été immédiatement suivis d’un temps ensoleillé. Dans ces conditions, l’eau s’évapore vite ce qui ne permet pas aux nappes souterraines de se remplir comme il se doit et, par voie de conséquence, leur ponction est très réduite».
Quant à savoir si les barrages du pays ont enregistré des apports suite aux précédents épisodes pluvieux, cela reste très relatif dès lors où la moyenne de remplissage cumulée n’a pas dépassé 35%, selon les relevés effectués par l’Agence nationale des barrages et des transferts (NBT) et rendus publics. Depuis, il est facile de déduire, faute de nouveaux apports (décembre et janvier) que cette moyenne a décliné comme elle risque de s’accélérer à la baisse à moins que les épisodes pluvieux des trois mois à venir soient importants en termes de précipitation et de durée. Et si cette situation d’insuffisance venait à se matérialiser, c‘est le secteur de l’agriculture et les zones urbaines de l’intérieur du pays qui seront le plus pénalisés. Concernant les grandes villes du Nord, où les besoins en eau potable sont énormes, la conjoncture sera plus ou moins gérée grâce à l’alternative des usines de dessalement en place et celles bientôt réceptionnées. Mais toujours est-il que ces dernières seront appelées à maximiser leurs productions respectives car, en plus de desservir celles qui leur sont proches, il faudra aussi assurer un minimum d’alimentation en eau potable (AEP) aux villes plus éloignées. C’est en soit la solution idoine que les pouvoirs publics seront amenés à adopter. Autrement dit, les projets de raccordement des usines de dessalement vers des points éloignés vont sûrement être décidés pour éviter les inégalités en termes d d’AEP entre les villes côtières et celles en retrait du littoral.
Pour rester dans le cas de figure de l’absence criante d’épisodes pluvieux durant les trois mois à venir, période où le ciel peut être clément en termes de pluviométrie, c’est en tout cas les niveaux de remplissage de nombreux barrages qui vont sérieusement décliner et ne plus pouvoir assurer l’approvisionnement en eau aux secteurs qui en sont tributaires. Face à cette situation, l’alternative la plus appropriée sera d’opter vers la réalisation de forages hydrauliques à même de répondre plus ou moins aux besoins d’irrigation, voire même assurer l’AEP aux populations rurales. En fait, il faudra que toutes les parties prenantes se préparent à ce que la conjoncture du manque d’eau potable n’éprouve pas trop le tissu social.
Pour l’heure, la situation n’est certes pas aussi désespérée, l’hiver, synonyme de pluies fréquentes et importantes, vient de débuter. Et tous les espoirs sont donc permis. Mais si le ciel venait à pas être clément durant ce premier trimestre de l’année, c’est une situation de crise accrue sur les besoins en eau potable et d’irrigation qui s’annonce et à laquelle des dispositions vont s’imposer. Dans ce contexte, il faudra inciter la population à baisser sa consommation domestique et agricole. A propos des besoins d’irrigations, il sera demandé aux gens de la terre de se consacrer uniquement à la culture vivrière. C’est à ces seules conditions qu’il sera possible de traverser cette difficile période de stress hydrique, fort prévisible compte tenu de nombreuses données scientifiques, sans que la population ne se voit soumise à trop de désagréments, voire même à des sacrifices.