Par Bouzid Chalabi
Le spectre d’un été sans eau et d’une campagne agricole compromise s’emble s’éloigner après les pluies enregistrées sur pratiquement tout le nord du pays et tout au long du mois d’avril dernier et en cette première semaine de mai. Mais ce sont surtout les quantités records dans plusieurs régions qui ont rendu l’espoir, d’une part, sur le plan de l’alimentation en eau potable (AEP) des populations et, d’autre part, sur les besoins d’irrigation de périmètres agricoles, d’autant plus les prévisions météo font cas de l’arrivée prochaine d’autres épisodes pluviométriques.
Des images montrant des barrages déversant leur surplus d’emmagasinement, qui circulent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, démontrent que certains ouvrages hydrauliques sont passés d’un extrême à l’autre. En effet, certains accusant tout récemment un niveau de remplissage des plus bas, voire même la cote d’alerte, sont passés à un trop plein, obligeant les responsables de ces infrastructures à opérer des lâchers par mesure de prudence. En somme, il faut s’attendre à ce que la moyenne nationale de remplissage de l’ensemble des barrages connaisse un bond considérable comparativement à celle de la mi-mars où l’Agence nationale des barrages et des transferts (ANBT) donnait un taux de 37% alors qu’au début de ce même mois, il n’était que de 34%.
Une augmentation sensible due à un épisode pluviométrique enregistré au début de mars dernier. C’était loin de lever l’inquiétude car après des mois de janvier et février sans pluie, le pire restait à craindre. Nombreux se demandaient, en effet, si cette année sera encore plus rude que la précédente en matière d’AEP et d’irrigation. Toutefois, à l’époque, du côté du ministère des Ressources en eau on a tenté de rassurer qu’il est «trop tôt» pour parler d’une période de sécheresse. Non sans avancer «un ciel plus clément les mois à venir». Une prévision qui, finalement, s’est confirmée comme en témoignent les nombreux épisodes pluviométriques enregistrés fin mars et début avril derniers. Pour revenir à l’absence caractéristique de pluies durant presque tout le premier trimestre de l’année, il y a lieu de rappeler que le même phénomène météorologique avait été observé durant les trois dernières années, à savoir 2019, 2020 et 2021. Soit un retard de la saison des pluies, attendue en décembre et janvier, jusqu’aux dix derniers jours du mois de février, et des intempéries en février et mars incluant même des chutes de neige. Mais c’est surtout l’année 2021 qui restera gravée dans les mémoires en raison du régime drastique de distribution imposé conséquemment à une chute de l’offre de l’AEP. Les agriculteurs étant eux aussi pénalisés notamment ceux s’adonnant aux cultures maraîchères dans le sens où ces spéculations sont quasi dépendantes de l’eau issue des barrages avoisinants.
Mais toujours est-il que si la problématique de l’AEP et l’irrigation semble être résolue, suite à l’apport important des épisodes pluviométriques enregistrés depuis avril, pour tout au moins durant l’été, où la demande est grande, cela n’empêche pas de dire que ce n’est là qu’un répit. En effet, des études réalisées par des spécialistes dans le domaine indiquent qu’«au cours des prochaines années et jusqu’en 2030, la pluviométrie saisonnière diminuera à 20%, voire oscillera entre 15 et 30%». Une donne à prendre au sérieux.
Pour l’heure, il s’agira de renforcer l’offre en ressources non conventionnelles, c’est-à-dire un fort apport d’eau potable issue des stations de dessalement d’eau de mer. Une alternative inéluctable. C’est pourquoi les pouvoirs s’attèlent ces derniers mois à multiplier le nombre de stations. Celles inaugurées et à venir en témoignent. Une stratégie qui vise en priorité d’assurer l’AEP aux populations sur toute la frange côtière et une centaine de kilomètres plus au sud du pays de manière à consacrer l’eau des barrages aux besoins du secteur de l’agriculture, lui aussi vital pour le pays. C’est donc là tout l’enjeu. n