Si à de très rares exceptions les commerçants de la capitale ont largement appliqué à la lettre l’obligation de porter un masque de protection contre laCovid-19, qui a pris effet hier, ce n’était pas le cas pour leurs clientèles. Constat frappant du côté des quartiers de Badjarrah et d’El Harrach, où Reporters s’est rendu hier dimanche sur ces lieux réputés pour leur grande activité commerciale, drainant au quotidien des centaines de personnes. Et pourtant, en se référant au nombre de nouveaux cas au quotidien de personnes atteintes par le virus, il est évident que le virus continue de circuler activement. Ce que ne semblent pas prendre au sérieux, voire même ignorer, toutes ces personnes que nous avons croisées lors de notre passage, agglutinées aux portes des magasins d’habillement et de chaussures et ne portant pas de masque dans leur majorité. Questionnés par Reporters sur le pourquoi de cette insouciance, voire même de cette irresponsabilité, certains, se sentant embarrassés n’ont pas voulu répondre. Tandis que d’autres ont tenté de trouver des excuses. Ces derniers nous rendent la pareille en nous lançant à l’unanimité : « Où trouver les masques de protection en quantité et à quel prix ? » Un argument qui, jusqu’à preuve du contraire, ne tient pas. On peut concéder à leur égard que les prix des masques sont élevés, mais non à dire qu’ils sont introuvables. Par contre, une mère de famille habitant Aïn Naadja, bien que ne portant pas de masque, ni elle ni les deux filles qui l’accompagnaient, pressées d’entrer dans un magasin de prêt-à-porter pour adolescente, nous a avoué : « Je suis convaincue que le fait de porter un masque sert à se protéger les uns des autres, mais, que voulez-vous, quand l’insouciance prend le dessus on se retrouve exposés au risque de contamination ». Par contre, Abdelkader et ces deux enfants, du quartier Bourouba, attendant leur tour à l’entrée d’un magasin de chaussures, portaient un masque. Il nous dira en réponse à notre question sur l’utilité du port d’une barrière de protection : « Je ne veux en aucun cas courir le risque de me retrouver contaminé. En clair, je ne me permettrai ni à moi ni à ma famille de me rendre dans un lieu public sans masque. Pour moi, c’est une règle incontournable.» Hamid, infirmier exerçant à l’hôpital Zmirli et voisin de Abdelkader, ne s’est pas empêché de nous expliquer que « porter un masque de protection, c’est casser la chaîne de transmission du virus et du coup, il sera possible de stopper sa propagation. Mais en voyant autant de gens sans masques de protection et qui plus est se frôlant les uns les autres dans les rues où se côtoyant dans les magasins et dans les marchés de proximité, cette situation m’inquiète ». Et d’ajouter dans ce sens avec beaucoup d’anxiété : « Il ne fait guère de doute qu’avec autant d’incivisme et d’irresponsabilité la bataille contre la pandémie de la Covid n’est pas près d’être gagnée. »
Du côté des commerçants, le fait que certains clients s’introduisent dans leurs espaces de vente sans masque n’est pas sans les inquiéter. Devant de telles scènes, Mustapha, propriétaire de deux magasins de prêt-à-porter à Boumati (El Harrach) très fréquentés, rencontré lors de notre passage dans l’un de ses espaces de vente, nous dira : « Nous ne pouvons imposer le port du masque à chaque client qui est devant mes rayons de vêtements. Tout ce que nous arrivons à imposer c’est de limiter les entrées. » Non sans nous avouer qu’il a du mal à comprendre que « des gens puissent fréquenter des lieux de regroupement sans porter de masques et sans respecter les mesures de distanciation sociale ». Nous lançant enfin « mais comment faire ? » Il y a lieu de rappeler ici que le ministère du Commerce avait souligné que la « fourniture de masques de protection est du ressort du propriétaire du magasin, de même que pour les bavettes et le couloir de stérilisation pour la grande surface commerciale ». Tout ce passe ainsi comme si de rien n’était alors que les chiffres relatifs à l’évolution de la pandémie chez nous parlent d’eux-mêmes. Qu’on en juge : le nombre de décès continue de baisser tandis que celui de nouveaux cas grimpe. Et donc, si d’un côté c’est un signe encourageant dans la bataille contre le coronavirus, cela l’est moins de l’autre. Seule cause à ce constat, une insouciance à grande échelle. La réduire devient impératif et à chacun de prendre ses responsabilités. n