Après le constat d’une stabilisation de l’évolution de la pandémie du nouveau coronavirus en Algérie, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid, a néanmoins émis des réserves quant au respect de la mesure de confinement qui doit se poursuivre jusqu’au 29 avril prochain.


Lors de la présentation d’un exposé sur l’état des lieux de la pandémie dans le pays, hier, devant les membres du Conseil de la nation il a affirmé qu’«il faut plus de rigueur et de prise de conscience en matière de respect du confinement. Pourquoi faut-il que les forces de l’ordre interviennent pour que le confinement soit respecté ? Il faut plus grande prise de conscience, c’est encore mieux».
«Sur les 2.629 cas confirmés à ce jour, 53% sont âgés entre 25 et 60 ans, ce qui interpelle sur l’impératif du respect du confinement sanitaire et des mesures de prévention contre ce virus», a-t-il insisté. Toujours à propos du confinement, lorsqu’un sénateur a encore posé la question sur le non-respect du confinement, le ministre a tenu à noter : «Nous ne regardons que les points négatifs alors qu’il y en a des positifs. Il est vrai que certains ne respectent pas le confinement comme il se doit, comme cela se passe dans de nombreux pays dits développés où il y a aussi des gens qui ne respectent pas les lois en vigueur et violent les mesures» de confinement. «Mais nous devons aussi dire que si nous sommes arrivés aujourd’hui à une stabilisation de la situation, c’est aussi grâce à tous ceux nombreux parmi la population qui, justement, respectent les mesures de confinement. Nous ne pouvons pas le nier», a-t-il dit, tout en réitérant qu’il y en a aussi d’«autres qui doivent faire preuve d’une plus grande prise de conscience».
Dans son exposé sur la pandémie et les mesures prises par les pouvoirs publics pour l’endiguer, le Pr Benbouzid a relevé le nombre de décès en baisse et celui des guérisons en hausse, tout en soulignant qu’il n’y a actuellement que 47 malades intubés et que les capacités du pays ne sont pas encore complètement utilisées. Il a souligné que «les guérisons représentent 35% de la totalité des cas contaminés», grâce au protocole de traitement à «l’hydroxychloroquine qui a donné des «résultats préliminaires et des indicateurs positifs très encourageants». Il sera procédé, par la suite, à «une étude scientifique qui prendra en considération plusieurs facteurs dont l’âge, l’état de santé du malade avant le Covid-19, etc. C’est de la sorte que nous pourrons nous prononcer de façon définitive sur cette question», a-t-il fait savoir, indiquant que l’utilisation du scanner thoracique a permis de traiter les patients avant que leur état de santé ne dépérisse, surtout lorsque ceux-ci présentent des lésions pulmonaires évidentes. Il a encore rappelé que «l’Algérie déclare les cas de décès y compris ceux qui décèdent juste après leur arrivée à l’hôpital en faisant des tests post-mortem, contrairement à d’autres pays», ajoutant que seulement 20% des cas confirmés peuvent présenter des symptômes de Covid-19».

Le déconfinement sera progressif
En réponse à la question d’un sénateur sur le «processus de déconfinement», le ministre a affirmé que l’Algérie adoptera «le processus qui est adopté dans tous les pays. C’est une pandémie dont nous ne connaissons pas grand-chose. Nous ne devons pas tomber dans le piège du déconfinement rapide pour ensuite avoir à tout refaire». Il a cité l’exemple de la Chine où des malades qui s’étaient rétablis avaient contracté de nouveau le virus. D’où, «il nous faut observer une très grande prudence à ce sujet». En d’autres termes, quand le temps du déconfinement viendra, celui-ci ne pourra qu’être progressif. «Quand les chiffres baisseront d’une façon significative et que nous procéderons alors au déconfinement, les citoyens devront tous porter des masques, car c’est ce qui constitue une barrière contre une éventuelle contamination. Si le virus circulera encore dans la société, dans les transports et autres lieux publics, nous ne devrons pas le laisser se propager», a-t-il expliqué.
Abordant ce sujet, le ministre a fait savoir que «lorsque la pandémie est arrivée, il y a un producteur qui a exporté 40 millions de masques. Nous avions alors pris de suite nos dispositions et arrêté cette exportation. Ensuite, les masques ont été cachés et il y a eu de la spéculation, comme pour les denrées alimentaires». Mais, a-t-il rassuré, «il y a actuellement 5 producteurs, sauf qu’il faut savoir qu’il y a des soucis de matière première dont une bonne partie est importée de l’Inde qui a fermé ses frontières». Néanmoins, il reste que «50 millions de masques et d’autres matériels achetés par un célèbre sportif algérien vont arriver», de même qu’«il y a eu des aides de la part d’Algériens vivant à l’étranger».

Appel à une utilisation rationnelle des masques
Quant au manque de masques pour certains travailleurs du secteur de la santé, il a rassuré que tout ce qui est possible a été fait, ajoutant avoir reçu tous les présidents des syndicats, dont «le président des médecins libéraux, vendredi dernier, et j’ai mis à leur disposition 140.000 masques. Ils en sont pourvus maintenant. Seulement, je dis, comme à chaque fois, qu’il faut juste qu’ils en fassent une utilisation rationnelle. Nous distribuons quelque 500.000 masques par semaine d’une façon générale. Nous faisons tout ce que nous pouvons. N’oubliez pas que c’est un problème international, pas seulement chez nous. Il faut éviter le gaspillage, c’est ce que nous disons aux différents DSP». Le ministre a, par ailleurs, salué l’implication d’entrepreneurs privés nationaux dans la lutte contre la pandémie, en citant quelques exemples au passage, comme il s’est félicité que cette pandémie ait révélé des potentialités scientifiques dont regorge l’Algérie, avant de revenir sur les décisions importantes annoncées récemment par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en faveur du secteur de la santé. A ce propos, il a fait état de la préparation en cours des textes réglementaires permettant la mise en œuvre de la prime exceptionnelle laquelle, a-t-il rappelé, sera «versée exclusivement aux professionnels de la santé ayant été au-devant de l’épidémie, et ce, dans un souci d’équité à leur égard».

«Aucun pays n’est encore sorti du danger»
«Le Président suit de très près la situation, nous lui présentons des comptes rendus tous les jours, quartier par quartier. C’est lui qui prendra la décision du déconfinement que nous souhaitons tous, pourquoi pas, la fin du mois en cours», a-t-il dit, ajoutant, en réponse aux questions des sénateurs que «personne dans le monde ne peut dire que nous sommes arrivés au pic. Personne ne peut prendre cette responsabilité. Aucun expert international n’a parlé de pic même si la pandémie est en recul dans certains pays car aucun pays n’est encore sorti du danger». Abordant les Algériens qui étaient bloqués à l’étranger, le ministre a fait savoir que 11.000 ont été rapatriés et 1.800 autres le seront bientôt. «Ils sont tous hébergés dans des hôtels 4 et 5 étoiles. C’est extrêmement couteux une journée en pension complète dans ces hôtels. Le président de la République s’était engagé à ce qu’ils soient bien pris en charge. Il a insisté que ces personnes rapatriées restent en confinement 14 jours quels que soit le prix pour préserver leur santé et celle de leurs proches Ces mesures sont parmi les engagements du Président qu’il a tenus et cela nul ne peut le nier».
Intervenant à la fin de la séance, le président par intérim du Conseil de la nation, Salah Goudjil, a félicité «la grande mobilisation de tous, à commencer par les personnels médicaux, la société civile, les services de l’ordre, de la Protection civile, sans oublier les forces de l’Armée nationale populaire (ANP) qui ont tous accompli leur devoir envers la nation dans cette conjoncture difficile». «Nous devons faire la différence entre l’Etat et le pouvoir et préparer l’Algérie de demain qui ne doit exclure personne. Nous devons penser dès aujourd’hui à cette Algérie afin de surmonter les défis qui nous attendent sur le double plan économique et social», a conclu Salah Goudjil. n