Le Conseil de sécurité de l’ONU se penche, aujourd’hui, sur un projet de résolution sur la question du Sahara occidental. Un texte qui met déjà le Maroc dans une situation de nervosité extrême tant il appréhende une déclaration qui condamne ses activités dans les territoires occupés.

Le texte provisoire du projet de résolution indique que les parties en conflit doivent «reprendre des négociations» «sans préconditions et de bonne foi», afin de parvenir à une «solution politique mutuellement acceptable» vers «l’autodétermination» du peuple sahraoui.  De mauvais augure pour le Maroc qui, par le biais de son représentant permanent à l’ONU, redouble d’activité pour que l’objet de la résolution soit conforme à ses thèses expansionnistes. La partie sahraouie s’attend, de son côté, à ce que la légitimité internationale soit respectée par les Etats membres du Conseil de sécurité. Et que des pays comme la France, qui bloque systématiquement toute initiative condamnant l’occupant marocain, revient à une posture plus conforme à la légalité internationale. Le premier rapport de l’envoyé spécial de l’ONU sur le Sahara occidental, Horst Köhler, a été déjà distribué aux Etats membres du Conseil de sécurité en prévision du débat. Pour contrer l’offensive diplomatique marocaine, le Polisario a rendu public, la semaine dernière, un mémorandum dans lequel il s’insurge contre « la campagne médiatique et diplomatique frénétique de désinformation » menée par Rabat. Une tension entretenue afin de tenter d’influer la résolution. Le Conseil de sécurité devrait voter initialement une résolution portant sur la prorogation du mandat de la mission onusienne pour l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Un éventuel aménagement sur la zone tampon de Guerguerat, objet des récentes tensions, et des recommandations sur l’accord du cessez-le-feu et l’accord militaire que les deux parties sont enjointes de respecter. Le 29 mars dernier, Antonio Guterres a remis son premier rapport sur le Sahara occidental. Un rapport dans lequel il reproche, notamment au Maroc, de ne pas coopérer avec les instances onusiennes et panafricaines. Le royaume s’active pour tenter de modifier le contenu de ce projet de résolution. Avec l’appui manifeste de la France, le Maroc cherche à peser sur les membres du groupe. La première mouture de cette résolution est vue d’un mauvais œil par Rabat, qui lui reproche de « ne pas condamner ouvertement les incursions du Polisario dans la zone tampon ». Des incursions que seul Rabat a vues.

L’obsession algérienne de Rabat

En estimant que le conflit sahraoui n’a que trop duré et qu’il est temps qu’il trouve une issue «pour le bien et la dignité du peuple du Sahara occidental», le secrétaire général de l’ONU montre une volonté de vouloir dépasser le statu quo actuel. Guterres propose, dans son rapport, la relance du processus de négociations avec un état d’esprit renouvelé qui reflète les orientations du Conseil de sécurité.
Il s’agirait de parvenir à une approche juste qui permettra l’autodétermination du peuple sahraoui. Une approche que rejette catégoriquement le Maroc, qui refuse le face-à-face en dehors de sa proposition de négociation d’un statut de l’autonomie du territoire sahraoui en associant Alger autour de la table. Pourtant le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a été largement explicite sur ce point dans son rapport en disant que l’Algérie comme la Mauritanie sont des voisins du Sahara occidental et non une partie impliquée directement dans les négociations sur le statut du Sahara occidental. Cette réalité refusée par le Maroc est pourtant authentifiée par le terrain. L’Algérie reste dans le soutien exclusif d’un peuple et n’est en aucun cas présente sur un territoire disputé et soumis à un processus de négociation parrainé par l’ONU.
En voulant impérativement impliquer Alger dans un conflit qui relève de la légalité internationale, il est évident que Rabat cherche à se substituer de sa responsabilité comme partie occupante dans un conflit dont les acteurs sont bien connus. En voulant impérativement avoir Alger comme interlocuteur dans d’éventuelles négociations, le Maroc cherche à dénier au Polisario son rôle de représentant des Sahraouis dans leurs revendications inaliénables.