L’AIE, Agence internationale de l’énergie, et sans rougir, perçoit une «résilience» de la production russe ; «une performance surprenante» malgré les sanctions, et une offre déroulée des Etats-Unis et du Canada, qui s’étaient déclarés les sauveurs du «monde libre» dès les premières salves sur Kiev.
Ladite agence, dont les principaux membres sont des consommateurs occidentaux, ne s’inquiète de l’envolée des prix que quand cela chatouille les finances et le bien-être des pays riches. Mais si les prix empruntent une descente vertigineuse, cela ne dérange pas outre mesure une AIE, créée… sur mesure pour les besoins de l’OCDE essentiellement.
Cette fois, les augmentations des prix du pétrole et du gaz font que l’agence «s’inquiète» pour les économies européennes, particulièrement, et exhorte les pays producteurs à extraire plus d’énergie fossile pour permettre une baisse significative des prix et souscrire à une reprise de l’économie du Vieux continent.
Normalement, au vu de la conjoncture en Europe et de la récession qui s’annonce, la demande sur l’énergie aurait dû baisser et les prix avec. Mais avec le rebond de l’économie chinoise, la demande de Pékin se retrouve au zénith et rafle tout ce qui est énergie fossile sur les marchés. Ce qui fausse tous les calculs de l’AIE.
Autre empêcheur de tourner en rond que l’on ne soupçonne pas, les Etats-Unis, favorables il est vrai à une baisse des prix de l’énergie, mais pas trop, car cela plomberait leurs productions de pétrole de schiste qui nécessitent un coût nettement plus élevé que celui du pétrole-gisement et même offshore. C’est le même cas pour le Canada, dont l’extraction de pétrole et de gaz de schiste ne pourrait être effective sans des prix plus ou moins élevés.
C’est sans doute pour cette raison, et d’autres plus politiques, que Biden visitera l’Arabie Saoudite de MBS, qu’il vouait aux gémonies au temps où il n’était que le candidat à la succession de Trump. Mais les intérêts des States étant au-dessus de tout, le locataire de la Maison-Blanche ira à Ryad montrer patte blanche à l’héritier du trône d’Arabie pour négocier une augmentation de la production de pétrole, afin d’endiguer la hausse des prix, mais toujours pas trop.
C’est donc un télescopage d’intérêts, que l’on ne prévoyait pas, entre l’Europe (AIE) et l’Amérique du Nord, Etats-Unis et Canada, ces deux derniers s’étant en partie substitués au fournisseur russe pour prendre en charge l’approvisionnement en énergie de Bruxelles, à des prix prohibitifs, plan Marshall bis oblige.
Du côté des marchés d’échange, c’est toujours une étonnante versatilité qui prédomine avec des prix qui ne cessent de jouer au yoyo, en plus d’une tension criante, favorisée par les incertitudes qui planent sur les retombées de la guerre en Ukraine.