Proposé et développé par trois artistes sénégalais et algérien, en l’occurrence, le percussionniste Youssou Dia, le joueur de kora Ablaye Anne, ainsi que Sadek Bouzinou, du célèbre groupe Democratoz, «Elgana Project» est conçu comme une quête des origines africaines de la musique algérienne…

Trois musiciens réunis depuis le 1er juillet dernier par la résidence artistique «MAAEN», qui vise notamment à développer les échanges entres les arts. «Elgana Project», qui devrait aboutir dans quelques mois à un premier concert à Alger, avant de poursuivre son chemin pour une tournée, apparaît néanmoins comme étant bien plus que la préparation d’un concert.
En effet, ses initiateurs, rencontrés lors d’une séance de travail à la villa Dar Abdelatif, conçoivent le projet tel une recherche historique, presque comme une «quête des origines» de la musique algérienne et des similitudes des sons, des rythmes… qui subsistent encore avec la culture sénégalaise. Ils feront savoir que l’idée du projet remonte à l’année 2016 et plus encore à l’occasion de la tournée de Democratoz aux Etats-Unis, où le public très intéressé par le travail du groupe semblait néanmoins «étonné de voir des Algériens à la peau blanche chanter pour l’Afrique».
Sadek Bouzinou, qui précise avoir alors ressenti une certaine «frustration», explique que le projet a ainsi pour objectif de montrer tout ce que doit l’Algérie à son continent en termes de musiques et de culture, en expliquant qu’«il s’agit de travailler sur notre musique et puiser dans ses racines. C’est un véritable travail de recherche où on essaye de retrouver les ressemblances. Elles sont là, mais nous avons tendance à les oublier… Je crois que l’on oublie d’être africain. C’est cela la quête du projet Elgana».

«Elgana», le plaisir d’être ensemble
Réunis autour de cette idée avec les artistes sénégalais depuis maintenant deux ans, le projet Elgana, un mot qui signifie en oranais la bonne compagnie, l’esprit de partage et le plaisir de jouer ensemble, ou encore la «récolte», en espagnol, fait par ailleurs écho à une toute autre échelle à la situation algérienne et à la crise identitaire que connaît depuis de longues années le pays en refoulant tour à tour une part ou une autre de son histoire. Notre interlocuteur met également en exergue le fait que toute recherche sur l’africanité de la musique algérienne met immanquablement en lumière son origine et son développement en Afrique du Nord, abordant de ce fait le commerce des esclaves, longtemps occulté, minimisé et aujourd’hui relativisé.
A ce titre, conscient de la portée que peut avoir un projet tel que «Elgana», Sadek Bouzinou, qui fut pour rappel le premier à s’opposer par la musique aux slogans racistes ayant suivi l’arrivée des migrants subsahariens en Algérie, nous précise que «nous avons également participé à l’esclavage, c’est notre histoire, que l’on se considère arabe ou berbère ou même descendant des Andalous ». Poursuivant qu’« à l’époque, on estimait que l’on pouvait capturer et vendre les Noirs et nous l’avons fait pendant longtemps. Mais au moment où les Noirs ont adopté l’islam, on ne pouvait plus les revendre. Et c’est aussi comme cela qu’ils se sont intégrés par la suite à la société». L’impact de ce brassage culturel pour la musique algérienne est aujourd’hui entendu dans les rythmes de toutes les régions du pays. «Si l’on danse et chante de la façon dont on le fait aujourd’hui, si le kerkabou est, par exemple, présent partout, ce n’est pas un hasard », souligne l’artiste algérien, en affirmant que «l’africanité n’est pas une couleur de peau, c’est une identité».
La résidence artistique «MAAEN» donne déjà rendez-vous au public en décembre prochain pour la présentation des travaux préparés par la trentaine d’artistes retenus, dont « Elgana Project». Elle a, pour rappel, été lancée à l’initiative de la plasticienne Mouna Bennamani et du photographe Mahmoud Agraine, avec la collaboration de l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC).