Synthèse de Feriel Nourine
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié, jeudi, les détails sur le programme de recours aux réserves stratégiques par ses membres. Les engagements soumis par ses derniers ont atteint 120 millions de barils à libérer sur une période de six mois, a fait savoir l’AIE jeudi, une semaine après avoir annoncé le programme mis en place pour faire face aux perturbations du marché pétrolier, provoquées par la guerre en Ukraine mais aussi par d’autres facteurs qui réduisent l’offre mondiale de pétrole.
En tête des 31 pays de l’agence, les Etats-Unis libéreront 60 millions de barils de pétrole stockés et le Japon 15 millions de barils, selon le tableau qu’elle a dressé. Les autres grands contributeurs sont la Corée du Sud, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, selon le même indicateur. Les pays de l’AIE réagissent de la sorte et décident de toucher à leurs stocks après avoir échoué de convaincre l’Opep+ de relever son offre selon leur souhait. L’effet d’annonce du recours aux stocks stratégique s’est d’abord ressenti au niveau du marché, à travers trois séances de baisse successives, mais les cours ont clôturé la semaine en hausse, vendredi. Le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin est monté de 2,18%, pour finir à 102,78 dollars, alors que le West Texas Intermediate (WTI) pour mai a gagné 2,32% et clôturé à 98,26 dollars.
Pour Andy Lipow, du cabinet Lipow Oil Associates, ce coup de fouet est dû à des achats de couverture effectués par des opérateurs qui pariaient à la baisse sur les cours. A l’approche du week-end et «avec la montée de la violence» en Ukraine, ces spéculateurs n’ont pas voulu rester exposés à un événement qui pourrait faire brusquement remonter les prix à la reprise de la cotation, dimanche soir.
Asphyxiés une bonne partie de la semaine par la perspective de la mise sur le marché de 240 millions de barils tirés des réserves des membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les prix avaient aussi souffert de la remontée du dollar et des confinements massifs en Chine. Toujours selon Andy Lipow, après le nouveau train de sanctions annoncé jeudi contre la Russie, «le marché anticipe toujours que l’Union européenne réduira ses importations (de pétrole) d’une manière ou d’une autre». Dans une résolution adoptée jeudi, le Parlement européen a réclamé la mise en place d’un embargo «total et immédiat» sur les importations de pétrole, charbon, combustibles nucléaires et gaz en provenance de Russie. Les 27 se sont accordés jeudi sur le principe d’un embargo sur le charbon, qui prendra effet début août, mais ne sont pas parvenus à s’entendre sur gaz ou pétrole. «Nous savons que l’UE dans son ensemble ne va probablement pas y aller (et suspendre les importations de pétrole), mais certains pays pourraient le faire», a fait valoir Andy Lipow. Dès lors, le marché «cherche des alternatives au pétrole russe». Selon les analystes de JPMorgan, la production russe de pétrole «semble montrer de premiers signes de ralentissement». Elle est tombée, d’après eux, à 10,6 millions de barils quotidiens, contre 11 en moyenne en mars. Pour JP Morgan, cette décélération pourrait être liée à la «difficulté de trouver des acheteurs» pour le brut russe, mais aussi pour ses produits raffinés. <