Le matelas en devises stocké par l’Algérie dans les banques souveraines occidentales fond comme neige au soleil sous l’effet de la crise financière dans laquelle se débat le pays depuis juin 2014. Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouya, qui a présenté, hier, au Conseil de la Nation, le projet de loi de finances 2018 a donné la situation la plus récente des dépôts en devises du pays dans les banques souveraines. Selon lui, les réserves de change de l’Algérie se sont établies à 100 milliards de dollars en novembre 2017. 

 

Le pays a perdu plus de 2 milliards de dollars sur ses réserves de change en un laps de temps de deux mois seulement. En effet, le ministre des Finances, faut-il le rappeler, avait indiqué récemment que le matelas de devises de l’Algérie s’était établi à 102,4 milliards de dollars (mds usd) à fin septembre 2017. Le ministre des Finances tablait initialement sur une baisse des réserves à moins de 100 milliards de dollars à la fin de l’actuel exercice. Ses précédentes prévisions datées d’octobre pronostiquaient que les réserves de change pourraient reculer à 97 milliards de dollars à fin décembre 2017. Selon ses prévisions, le matelas de devises devrait s’établir à 85,2 milliards de dollars à fin 2018 (l’équivalent de 18,8 mois d’importations), et à 79,7 milliards de dollars en 2019 (18,4 mois d’importations) avant d’atteindre 76,2 milliards de dollars en 2020 (17,8 mois d’importations). Cela veut dire simplement que plus aucune plus-value ne sera décidément versée aux comptes en devises ouverts par l’Etat dans les banques souveraines occidentales et américaines. Pis encore, les réserves continueront à se rétrécir comme peau de chagrin sur les trois prochaines années faute d’une amélioration des indicateurs financiers, voire des cours du brut sur le marché mondial.
Les réserves de change étaient à 114,1 milliards de dollars à fin décembre 2016 contre 144,1 milliards de dollars à fin 2015. Il faut préciser que  la contraction des réserves de change est en lien direct avec l’évolution défavorable de la balance des paiements extérieurs. Dans sa dernière note de conjoncture pour le premier semestre de l’année, à l’heure où les réserves culminaient à 106 milliards de dollars, la Banque d’Algérie a jugé que le niveau des dépôts demeure encore « appréciable et adéquat », notamment au regard de l’encours très faible de la dette extérieure totale (3,962 milliards de dollars). Cependant, a-t-elle averti, « compte tenu des perspectives de maintien, à moyen terme, des prix des hydrocarbures proches de leurs niveaux actuels et du déficit encore élevé des comptes extérieurs, notamment leur principal déterminant (la balance des biens et services), des efforts supplémentaires sont requis pour réduire l’absorption et/ou augmenter l’offre domestique de biens pour assurer la viabilité, à moyen terme, de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change. Dit autrement, la Banque d’Algérie exigeait des réformes budgétaires urgentes afin que la fonte des réserves de change soit endiguée.
A fin juin 2014, alors que les cours pétroliers mondiaux venaient à peine d’amorcer leur tendance baissière, les réserves officielles de change étaient de 193,269 milliards de dollars. Depuis, la fonte des réserves de change s’est accélérée infligeant au pays une perte de plus de 93 milliards de dollars entre juin 2014 et novembre 2017.