Le Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce, Khaled Bouchelaghem, a indiqué, jeudi, que la balance commerciale de l’Algérie a atteint 10,6 milliards de dollars en 2020. Le déficit s’est inscrit ainsi en nette hausse comparativement à 2019, où il avait atteint 6,11 milliards de dollars. La hausse du déficit de la balance commerciale ne sera pas sans conséquences sur les positions financières externes de l’Algérie, à moins que les autres postes de la balance des paiements connaissent des tendances baissières contrairement au déficit commercial.
Il s’agit essentiellement du déficit du compte courant et celui des services qui font l’essentiel du déficit de la balance des paiements qui a un effet corrosif sur les placements en devises de l’Algérie dans les banques souveraines occidentales. Les statistiques sur l’évolution de ces deux postes relèvent des compétences de la Banque d’Algérie qui, depuis début 2018, n’a pas produit de notes de conjonctures. Or, les projections du gouvernement pour 2020 tablent sur un déficit de 18,8 milliards de dollars de la balance des paiements, déficit commercial, celui du compte courant et de la balance des services compris.
En effet, dans ses projections inscrites dans la loi de finances complémentaires 2020, le gouvernement tablait sur un déficit de -18,8 milliards de dollars de la balance des paiements, contre 8,5 milliards de dollars dans la loi de finances préliminaire. Les chiffres fournis par le Directeur général du commerce extérieur au ministère du Commerce lèvent le voile sur une année qui serait plus catastrophique que ce qui était initialement prévu. Si les projections sur le déficit de la balance des paiements restent en l’état, soit près de 19 milliards de dollars, les réserves de change chuteraient à près de 43 milliards de dollars à fin 2020, contre 62 milliards de dollars au début de la même année. Cependant, si les perspectives pour 2020 venaient à se révéler plus sombres que ce qui a été anticipé, la fonte des réserves de change risque de s’accélérer, quand bien même les importations se sont inscrites en baisse de 18% en 2020. L’érosion de 20 milliards de dollars en rythme annuel se confirme avec les projections du gouvernement, contenues dans son budget révisé de 2020. Le pays a perdu 132 milliards de dollars sur ses réserves de change depuis la mi-2014, soit l’équivalent de 22 milliards de dollars par an. Un solde de 44 milliards de dollars à fin 2020 équivaudrait à moins de deux années d’importations, ce qui fait dire à certains, dont la Banque mondiale, qui prévoit un solde qui équivaudrait à 4 mois d’importations à fin 2022, que les réserves de change se tariraient dans deux années. Cette projection est valable dans le cas où le gouvernement peine à endiguer l’érosion des réserves de change en mettant en place des réformes et ajustements budgétaires de fond. Le gouvernement compte réduire davantage la facture d’importations, celle des services comprise en la réduisant à 6 milliards de dollars, afin de soutenir la viabilité des comptes extérieurs. Il se voulait optimiste quant à l’évolution des réserves de change, tablant sur le retour vers une tendance haussière dès 2022. Dans les cadrages macroéconomiques de la période 2021-2023, contenus dans la loi de finances de l’actuel exercice, il est prévu que le niveau des réserves de change connaîtra une hausse progressive en 2022, soit à 47,53 milliards de dollars et 50,02 milliards de dollars en 2023, grâce à l’excédent prévu pour ces deux années. <