Les réserves de change de l’Algérie ont reculé à 62 milliards de dollars actuellement, a indiqué, hier, le Gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), Aïmen Benabderrahmane, en estimant que ce niveau de réserves était «appréciable».

«Nous sommes à 62 milliards de dollars de réserves et c’est un niveau appréciable», a déclaré le gouverneur à l’issue d’une réunion de concertations avec les P-DG des banques de la place. A fin avril 2019, les réserves de change du pays étaient de 72,6 milliards de dollars (mds USD), contre 79,88 mds USD à fin 2018 et 97,33 mds USD à fin 2017. Le pays a ainsi perdu 10 milliards de dollars en moins d’une année ; une perte due essentiellement au déficit chronique de la balance des paiements. La Banque d’Algérie, dans sa dernière note de conjoncture, n’a pas manqué de sonner le tocsin quant aux effets nocifs du déficit de la balance des paiements sur le solde des placements du pays en devises. « Les diminutions annuelles des réserves de change, liées aux déficits du solde global de la balance des paiements, traduisent l’excès de la dépense intérieure brute de l’ensemble des agents économiques sur le revenu national ; autrement dit, quasiment l’excès des importations de biens et services sur les exportations. Dans les faits, ces déséquilibres sont générés par les importants déficits des finances publiques», lit-on dans la dernière note de conjoncture de la Banque centrale. Cette institution a précisé que la poursuite de l’érosion des réserves de change « souligne la nécessité d’efforts d’ajustement soutenus, notamment budgétaire, pour rétablir la viabilité de la balance des paiements et limiter l’érosion des réserves officielles de change ». Ces efforts auxquels appelle la Banque d’Algérie «devraient s’intégrer dans un vaste programme de réformes structurelles pour améliorer le recouvrement de la fiscalité ordinaire (y compris par la rationalisation des subventions), libérer le fort potentiel de croissance de l’économie nationale et diversifier l’offre domestique et les exportations de biens et services ». L’érosion accélérée des réserves de change de l’Algérie, dont les pertes se chiffrent à 132 milliards de dollars depuis la mi-2014, posera à terme la question de solvabilité du pays, un paramètre important pour l’accès aux financements extérieurs.

L’inclusion financière refait surface…
Par ailleurs, le projet d’inclusion financière a refait surface, hier, à l’occasion de la réunion du gouverneur de la Banque d’Algérie avec les P-DG des banques. En effet, le patron de la plus haute institution financière a appelé les banques de la place à faire de l’inclusion financière leur préoccupation majeure et quotidienne afin de pouvoir capter l’importante épargne non bancarisée. Il a souligné que l’inclusion financière «ne doit plus rester un vœu pieux», mais constituer en revanche «la préoccupation majeure et quotidienne» des banques. L’ouverture des comptes bancaires, tant en monnaie nationale qu’en devises étrangères, doit ainsi être «facilitée et encouragée», tout comme l’accès au crédit, a-t-il préconisé. Un discours qui tranche avec celui du précédent ministre des Finances, Mohamed Loukal en l’occurrence, qui martelait quant à l’obligation de réclamer l’origine des fonds pour les dépôts égaux et/ou supérieurs à 1 000 euros.
Selon le gouverneur de la Banque centrale, le faible niveau d’épargne est dû «certainement à des facteurs exogènes, mais aussi à des pratiques internes, imprégnées de certains reflexes bureaucratiques, notamment lorsqu’il s’agit de dépôts ou de retrait de gros montants». C’est que les déposants de ces montants hésitent généralement à recourir à des dépôts importants, de crainte de ne pouvoir récupérer leurs avoirs au moment voulu, ce qui induit une méfiance du grand public envers le secteur bancaire, analyse de gouverneur. Ainsi, il a tenu à attirer l’attention des banques sur la nécessité de mettre en place des mécanismes et une organisation adéquats permettant «d’éradiquer les pratiques préjudiciables aux intérêts des usagers et de rétablir ces derniers dans leur droit de disposer de leurs dépôts à tout moment, comme le requiert d’ailleurs la législation et la réglementation en vigueur». Sur sa lancée, Aïmen Benabderrahmane a appelé les banquiers à revoir les «modalités et les modes de fonctionnement des banques et des établissements financiers ». A propos de l’idée de désigner des administrateurs indépendants au sein des conseils d’administrations des banques publiques -une démarche censée améliorer la gouvernance des banques, Aïmen Benabderrahmane a indiqué que cette initiative est appelée à être enrichie par une «approche plus constructive» qui offre «une meilleure visibilité».