Face à un marché mondial de céréales, dont la production et les circuits de distribution se trouvent fortement perturbés par la guerre en Ukraine, le renforcement des capacités de stockage en la matière est devenu un impératif à respecter sans faille pour satisfaire la demande locale. L’enjeu est aujourd’hui stratégique et impose aux gouvernements d’une grande majorité de la planète, notamment les gros importateurs de céréales comme l’Algérie, à prendre leurs précautions à l’égard d’une offre offre-prix qui risque de durer encore sous l’impact de l’escalade en Ukraine.
C’est pourquoi le président de la République a, une nouvelle fois, instruit sur la mise en place des moyens adéquats pour réaliser ce renforcement. En effet, lors du Conseil des ministres tenu dimanche, Abdelmadjid Tebboune a donné des orientations pour «le renforcement des capacités de stockage des céréales au niveau national, notamment dans les wilayas réalisant de grands rendements et l’interdiction du stockage dans les lieux non couverts, en vue d’augmenter les réserves nationales stratégiques de céréales», indique le communiqué de la Présidence portant sur cette réunion.
Des orientations qui ne sont pas les premières du genre et qui risquent d’être répétées encore par le chef de l’Etat dont l’insistance semble assez clairement être inspirée par les capacités de stockage de céréales dont dispose aujourd’hui l’Algérie et qui sont jugées insuffisantes pour assurer des réserves à même de mettre le pays à l’abri d’une pénurie.
Il est peut-être utile de rappeler que dans le cas du blé, la seconde partie de la campagne mondiale de commercialisation 2021-22 débute durant le mois en cours. Dans cette perspective, l’Algérie a déjà diversifié sa liste de fournisseurs et, depuis mars dernier, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) s’est chargé de lancer plusieurs avis d’appels dans ce sens.
Mais visiblement, les mesures prises par les autorités du pays pour sécuriser la demande locale en blé restent insuffisantes devant le nombre d’aires de stockage des grandes quantités achetées à l’étranger, auxquelles il faudra ajouter une production nationale annoncée en forte hausse pour cette saison. C’est d’ailleurs sur la production locale qu’est orientée l’intervention du chef de l’Etat. Tebboune précise, en effet, que le renforcement de ces capacités doit être effectué «notamment dans les wilayas réalisant de grands rendements». En plus des pertes importantes lors de la récolte et post-récolte en matière de collecte, les agriculteurs de ces wilayas se trouvent confrontés à un grave problème d’entrepôts de stockage.
Côté ministère de l’Agriculture, les prévisions sont plutôt optimistes pour la production record des céréales. La récolte de cette saison atteindra même «un record» par rapport aux dernières années, avait indiqué le ministre du secteur, Mohamed Abdelhafid Henni, en mai dernier. «Tous les indices présagent une production abondante. On peut dire qu’une production record sera réalisée par rapport aux six dernières années», avait précisé M. Henni, en marge de la réunion nationale d’encadrement de la campagne moissons-battage 2021/2022.
Concernant l’encadrement de l’opération stockage, le même responsable avait mis en avant «les moyens mobilisés par l’Etat» pour l’appuyer, avec «l’encadrement de l’OAIC à travers ses coopératives agréées au niveau national, outre les moyens logistiques à l’image des moissonneuses et le transport et les structures de stockage facilitant ainsi aux agriculteurs de déposer leurs produits dans les coopératives».
Dans ce cadre, il a fait état de «610 silos et points de stockage mobilisés», soulignant que les capacités de stockage sont de l’ordre de 44,5 millions de quintaux. Il existe 505 points de collecte de récolte équipés de tous les moyens nécessaires, a-t-il ajouté.