Quinze casques bleus de la Monusco, la mission d’interposition de l’ONU, ont été tués jeudi dernieren République démocratique du Congo (RCD).Ces soldats, principalement des Tanzaniens ont été tués lors d’un assaut attribué au groupe armé ougandais musulman ADF (Allied Defense Forces), actif dans le Nord-Kivu frontalier de l’Ouganda. Outre les quinze morts, la Monusco a fait état de 53 blessés dont troisdans un état critique.

Cinq membres des forces armées de la RD Congo ont également été tués, selon une déclaration du Conseil de sécurité de l’ONU. Les assaillants ont visé une base, tenue par le contingent onusien à la tombée de la nuit à Semuliki, selon des sources onusiennes, qui ajoutent que les combats ont duré trois heures. Les ADF auxquels est attribué le carnage sont l’un des nombreux groupes armés actifs dans le Nord et le Sud-Kivu, les deux provinces orientales de la RDC, frontalières de quatre pays (Ouganda, Rwanda, Burundi, Tanzanie) et de trois grands lacs (Édouard, Kivu et Tanganyika). Ils combattent officiellement depuis le Nord-Kivu le régime du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 27 ans dans l’Ouganda voisin.
Présents dans l’est de la RDC depuis 1995, leurs troupes ne seraient pourtant pas très nombreuses: «On les estime à 150», indiquait récemment à l’AFP une source occidentale. Une précédente attaque attribuée aux ADF en octobre contre une base de la Monusco dans le Nord-Kivu avaient déjà tué trois Casques bleus tanzaniens.Le carnage qu’ils ont commis jette un coup de projecteur sur l’activité de ces milices, étrangères mais surtout congolaises, qui menacent la sécurité des civils dans les deux Kivus, à 2.000 km de la capitale Kinshasa.«De juin à novembre 2017, au moins 526 civils ont été tués dans les Kivus, au moins 1.087 personnes ont été enlevées ou kidnappées pour obtenir une rançon, et il y a eu au moins 11 viols de masse», indique cette semaine le tout nouveau «baromètre sécuritaire du Kivu» lancé par Human Rights Watch et le groupe d’étude sur le Congo de l’Université de New York. Outre les groupes armés, plus de 100 morts seraient l’oeuvre des «forces de sécurité congolaises», d’après cette même source.
Le conflit dans l’est de la RDC «a été exacerbé par la crise politique générale» dans le pays, ajoute cette même source, qui vise le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila au-delà de son deuxième et dernier mandat depuis décembre 2016. Des élections sont prévues le 23 décembre 2018, mais le rassemblement de l’opposition demande le départ de M. Kabila dès la fin de l’année, dans un pays où toute contestation de rue de l’opposition est systématiquement interdite et réprimée. «Des groupes armés ont formé des coalitions pour contester la prolongation de Kabila», affirment les rédacteurs de ce «baromètre» de la sécurité dans le Kivu. «En octobre, les Nations Unies ont déclaré un niveau 3 d’urgence en RD Congo, une catégorie attribuée seulement à trois autres pays: la Syrie, l’Irak et le Yémen», rappelle ce groupe d’experts. «L’année dernière, 922.000 personnes ont été déplacées en RD Congo, plus que partout ailleurs dans le monde», ajoutent-ils, notamment en raison de la crise au Kasaï dans le centre du pays.
Au lendemain de l’attaque sanglante, les membres du Conseil de sécurité ont condamné «dans les termes les plus forts toutes les attaques et provocations contre la Monusco par des groupes armés», ajoute le texte.«Il ne peut pas y avoir d’impunité pour de telles attaques», a égalementfait valoir le Conseil de sécurité.«C’est la pire attaque contre des soldats de la paix des Nations unies dans l’histoire récente de l’organisation», a réagi son secrétaire général Antonio Guterres, se déclarant «indigné» face à ce «crime de guerre». Selon l’AFP,une force onusienne n’avait pas subi uneopération aussi sanglante depuis la mort de 24 Casques bleus pakistanais à Mogadiscio en Somalie le 5 juin 1993. Il s’agit aussi de l’attaque la plus meurtrière contre la force onusiennedans l’ex-Zaïre depuis son déploiement en 1999. Le secrétaire général a demandé «aux autorités de la RDC d’enquêter sur cet incident et de traduire promptement ses instigateurs devant la justice». L’armée congolaise affirme que des dizaines d’ADF ont été tués, mais ne fait état que d’un blessé et un disparu dans ses rangs. «Les terroristes ADF doivent subir la force», a réagi sur Twitter le gouverneur du Nord-Kivu Julien Paluku.
Le président tanzanien John Magufuli s’est dit «choqué» et «attristé» par l’attaque. Il«a été choqué et une profonde tristesse en apprenant la nouvelle de la mort de 14 membres des Forces de défense du peuple tanzanien qui participaient à une opération de maintien de la paix en République démocratique du Congo», a indiqué un communiqué de la présidence tanzanienne. «En plus de ceux qui sont morts, 44 autres ont été blessés tandis qu’on est sans nouvelles de 2 autres», a ajouté ce communiqué. Dans un message, le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a condamné «fermement cette attaque abjecte». Il garde «l’espoir de mesures rapides et concrètes pour identifier les auteurs de ce crime et les traduire en justice». n