La possibilité d’opter pour une rentrée scolaire graduelle et une réouverture progressive des écoles par région, tel qu’évoquée par le Président de la République lors d’une rencontre, dimanche soir, avec des médias nationaux, ne suscite pas l’adhésion des organisations syndicales.

«Si le nombre de cas de contamination à la Covid-19 continue à baisser, surtout que certaines wilayas n’ont pas enregistré de cas depuis des jours, nous pouvons alors rouvrir les écoles au cas par cas, avant de l’étendre au reste des wilayas», a déclaré le président. Cette hypothèse, annoncée alors que l’ensemble des acteurs du secteur ne cessent de s’interroger quant à la date qui serait idoine pour une rentrée scolaire incontestablement exceptionnelle, est «vivement critiquée» par l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (Unpef) qui se dit «catégoriquement contre une rentrée graduelle» ou «différenciée» d’une zone à une autre. «Nous sommes contre une rentrée progressive. Il serait plus censé d’aller vers une rentrée nationale pour ne pas toucher au principe de l’égalité des chances entre les écoliers», dit le porte-parole de l’Unpef, Abdelouahab Lamri Zegar, qui recommande aux autorités publiques de «s’inspirer des dispositions du protocole sanitaire appliquées durant l’examen du baccalauréat». Ce dernier propose, dans ce sens, de fixer une date pour une rentrée nationale et de «recourir à la scolarisation à double vacation pour respecter la distanciation physique et faire face aux manque d’enseignants». Le même syndicaliste recommande également «d’adapter le programme scolaire suivant le contexte actuel, proposant, à titre d’exemple, de réduire la durée de chaque cours, de préparer des fiches techniques des matières et d’organiser des examens et de passer à l’évaluation du trimestre.
De son côté, Zoubir Rouina, secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), estime qu’il ne peut contester aucune décision ou recommandation exprimée par le comité scientifique, à la seule condition qu’elle repose uniquement sur un fondement scientifique. «Je ne suis pas pour une rentrée progressive, mais je ne peux toutefois désapprouver les recommandations du Comité de suivi de l’évolution de coronavirus qui possède les données sur la situation sanitaire prévalant dans le pays, et qui est en mesure de s’exprimer sur la question de reprise», a-t-il ajouté.
Sur le plan pédagogique, les enseignants sont prêts pour entamer l’année scolaire, a noté M. Rouina, qui émet le voeu que la rentrée des classes ne tardera pas à avoir lieu «sinon, on fera face à un problème de cumul et de cours perdus et qui ne sera pas sans conséquences sur le déroulement de l’année scolaire», se préoccupe-t-il. Selon ce dernier, son syndicat est prêt à «discuter de tous les scénarios sur les modalités de reprise», expliquant que le comité scientifique a une «lourde responsabilité» envers la société et les élèves. «Le plus intéressant est que le comité scientifique prenne une décision judicieuse servant la santé publique», souhaitant, à cet effet, «une rentrée des classes prochainement du moment qu’on parle de cohabitation avec l’épidémie». «On est contre tout retard. Il faut juste veiller à l’application du protocole sanitaire à la lettre, car nous avons relevé des défaillances dans des établissements scolaires lors du bac 2020», poursuit le secrétaire général du CLA, qui appelle au respect des mesures barrières à partir des foyers et non uniquement au niveau des établissements scolaires. «Si on ne respecte pas les mesures barrières dans chaque endroit, c’est qu’on n’a pas compris la dangerosité de la situation», a-t-il soutenu. «Une rentrée différenciée touchera inéluctablement au principe de l’égalité des chances, mais dans le cas où la situation sanitaire l’oblige, on ne va pas s’opposer à cette option», tranche M. Rouina.
Pour sa part, le président du Snapeste, Meziane Meriane, estime qu’une rentrée différenciée est un scénario plausible pour les universités et non aux établissements scolaires. «Il ne faut pas oublier que nous avons des examens nationaux et non régionaux», a-t-il rappelé, soulignant qu’il suffit «de mobiliser davantage de moyens humain et matériel dans une région qui s’avère plus touchée qu’une autre».