Quelles perspectives après une crise qui a failli lui être fatale ? Les quelque 1 735 travailleurs qu’emploie l’entreprise, dont plus d’un millier mis en congé anticipé au début du mois de juillet pour rupture de stock de matières premières, viennent de retrouver leur poste de travail au début du mois en cours. Si reprise il y a eu, au grand bonheur des travailleurs qui, cerise sur le gâteau, ont perçu leur salaire du mois de juillet, cela permet-il de dire que l’entreprise est sortie de la zone de turbulences ? Les solutions d’urgence apportées par les pouvoirs publics après des alertes lancées par plusieurs parties (P/APW, wali de Tizi Ouzou, entre autres) peuvent-elles constituer une assurance pour la pérennité de l’entreprise et des 1735 postes d’emploi ? Sollicité, le P-DG se mure dans un silence incompréhensible et refuse de répondre aux sollicitations des journalistes qui voudraient en savoir plus sur la nouvelle donne que vit cette entité économique, pionnière dans la production d’appareils électroménagers (chaud et froid) très prisés sur le marché.
Djilali Mouazer préfère faire dire par le bais de sa chargée de communication qu’il est en réunion et qu’il n’a rien à dire pour le moment. On croit savoir, sans pouvoir le confirmer auprès de qui de droit, que la BNA aurait débloqué une ligne de crédit de six milliards de dinars pour la couverture des besoins de production de trois ans. En attendant, et faute «de fumée blanche» qui sortirait de la «chapelle» Eniem, on ne peut que s’en tenir aux projections et aux déclarations alarmistes faites dernièrement à la presse par son P-DG. La crise qui a duré un mois a révélé la fragilité d’une entreprise, jadis florissante et qui s’est révélée n’être, avec le temps, qu’un géant aux pieds d’argile. «On risque la disparition totale de l’Eniem», alertait son P-DG. Djilali Mouazer a tiré la sonnette d’alarme quant à l’avenir de l’entreprise publique qu’il dirige, qui a fait face à une crise qui aura duré un mois suite au refus d’accorder des crédits d’exploitation à l’entreprise par la banque depuis le début de l’année en cours, aggravé par un blocage des autorisations d’importation des matières premières. Cette situation, qui a paralysé complètement sa production et obligé, par voie de conséquence, à des départs anticipés en congés de plus d’un millier de travailleurs, qui se sont retrouvés en situation de quasi chômage technique, a fait craindre le pire pour l’entreprise pionnière de l’industrie de l’électroménager en Algérie. Revenant sur les blocages vécus récemment par l’entreprise, Djilali Mouazer soulignait «que le problème majeur de l’Eniem, actuellement, est le blocage de l’utilisation des crédits par la banque qui ne nous en accorde plus, même pour l’exploitation et les approvisionnements», dans un entretien à El Watan. «C’est un problème qui risque, au plus tard dans deux mois après la reprise des congés, la paralysie totale de l’Eniem, voire une menace sur la pérennité des emplois.
C’est là le problème le plus épineux. Concernant l’autorisation d’une ligne de crédit, je pense qu’elle est liée à la conjoncture que vit notre pays. Je sais que cet obstacle peut être résolu incessamment.
Le problème le plus épineux, c’est la continuité de l’activité de l’Eniem, qui sera remise en cause dans les prochains mois. On nous a bloqué toute possibilité d’achat. Nous allons épuiser la matière première que nous avons achetée et nous allons rester sans rien faire.
Les importations et même le payement de nos fournisseurs sont bloqués aussi par la banque. Nous ne comprenons pas cette situation», ajoutera-t-il. Mouazer lance un signal d’alerte, si le blocage perdure, «les répercussions de cette situation seront les pertes d’emplois. Nous serons obligés d’aller vers un congé technique et un plan social. Tout est prêt sur la table. Nous n’allons pas ramener les employés à l’entreprise sans rien faire. C’est la logique des choses. On risque la disparition totale de l’Eniem». Estimant que l’arrêt de l’activité de l’entreprise aura un impact important sur l’économie nationale, et particulièrement sur le climat social de la région, d’autant qu’elle «emploie 1 800 travailleurs directs sans compter les emplois indirects que génère cette entreprise qui était fleuron de l’industrie nationale». Pour débloquer la situation, M. Mouazer s’est rendu au ministère de l’Industrie où, a-t-il affirmé, «les responsables ont été sensibles à la situation que vit l’Eniem, mais ont aussi leurs contraintes avec tout ce qui se passe ces derniers mois dans notre pays». «Nous avons fait le nécessaire pour résoudre le problème, mais nous comprenons la situation, car nous ne sommes pas les seuls dans ce cas», a-t-il expliqué. Il estime que «c’est un problème qui se pose au niveau national pour toute l’industrie du pays. Je trouve que c’est compréhensible avec les dossiers et les scandales qui éclatent pratiquement chaque jour, ces dernières semaines. Il y a, peut-être, une remise en cause de la pratique au niveau du ministère. D’ailleurs, c’est le moment de revoir beaucoup de choses. C’est vraiment nécessaire, justement».
Un plan de mise à niveau peu efficace et non consistant
Selon le P-DG de l’Eniem de Tizi Ouzou, le plan d’assainissement et de mise à niveau dont a bénéficié l’Eniem en 2012, n’était pas consistant. «Ce qui est inscrit dans le plan de développement de notre entreprise n’est pas consistant. C’est la mise à niveau des équipements, c’est-à-dire la réparation d’un matériel vétuste. Il n’y a pas eu de projets neufs. L’équipement est dépassé. Notre produit aussi», a-t-il affirmé. Selon le responsable «on aurait dû remettre à neuf tout le processus et envisager plus d’intégration. Nous espérons que la situation s’améliorera au sein de l’Eniem. Il y a un moyen de développer les choses au sein de l’entreprise, car il y a une ressource humaine et un savoir-faire dans la région. Nous pouvons faire beaucoup de choses aussi. Cela dépend, d’ailleurs, des changements de pratiques pour encourager les professionnels de l’industrie». Des préconisations quasi similaires ont été faites par le wali de Tizi Ouzou, Mohamed Djamaâ, qui répondait aux questions des journalistes, il y a une quinzaine de jours, aux plus forts moments de la crise traversée par l’entreprise. «L’instance dirigeante de l’Eniem, géant de l’électroménager en Algérie, doit absolument s’engager sur un plan de redressement viable qui permettra aux autorités et pouvoirs publics d’aider cette entreprise. Et c’est ce que j’ai demandé à son P-DG et au représentant du Comité de participation de l’Etat (CPE) afin que cette entité économique puisse honorer ses engagements et régler ses problèmes avec la banque», avait-il déclaré. <