Les cours du brut ont clôturé la semaine en hausse, portés essentiellement par l’espoir de vaccins contre le Covid-19, mais aussi par le souci des investisseurs de se positionner avant une semaine de Thanksgiving aux Etats-Unis où les échanges seront peu fournis. Les deux facteurs ont fait gagner d’importantes marges aux deux références, européenne et américaine.

Effectivement, vendredi, à la clôture des marchés, le contrat sur le baril de Brent de la mer du Nord – pétrole de référence pour le Sahara blend algérien – pour livraison en janvier a gagné 1,72% ou 76 cents par rapport à la clôture de jeudi, à 44,96 dollars. A New York, le baril américain de WTI, référence américaine, pour décembre a avancé de 0,98% ou 41 cents, à 42,15 dollars. Les deux cours de référence ont gagné autour de 4% depuis le début de la semaine. Pour le moment, le projet de budget qui doit atterrir au Conseil de la Nation, après avoir été validé par la chambre basse du Parlement, bâti sur un prix de marché de 45 dollars le baril, cadre bien avec la situation du marché, mais la tension budgétaire n’est pas pour autant retombée, puisque l’équilibre budgétaire nécessite plutôt un prix de baril bien au-delà des niveaux de cotation actuels. Le projet de budget pour 2021 est construit en revanche sur un prix de référence de 40 dollars, même si ce dernier est loin de refléter le point d’équilibre budgétaire. La double crise actuelle ; crise sanitaire qui était venue se greffer à une crise financière endémique, pose désormais un défi titanesque au gouvernement ; comment faire repartir la croissance à l’heure où les disponibilités financières se réduisent et les déficits filent à des niveaux insoutenables. Les prévisions restent jusqu’ici conformes à l’évolution du marché pétrolier, même si cette évolution reste fragile et ne tient qu’à des facteurs de conjoncture. Les fondamentaux du marché restent inchangés avec, au tableau, une offre qui reste bien au-dessus de la demande, ce qui alimente davantage les déséquilibres du marché. L’Algérie subit en la matière un impact considérable, voyant ses positions financières internes et externes se fragiliser au fur et à mesure que les cours du brut évoluaient à la baisse. Dans ses prévisions pour le prochain exercice budgétaire, le gouvernement laisse filer les déficits en maintenant les niveaux des dépenses très élevés, à l’heure où la conjoncture plaidait plutôt pour une rigueur budgétaire sans faille, d’autant que les recettes et les disponibilités financières étaient en baisse. Le dérapage des déficits pourrait se révéler une bombe à retardement car, même si les cours du brut évoluent au-dessus de 45 dollars le baril, ce qui était prévu dans le projet de budget pour 2021, la faiblesse du niveau des recettes sur fond de hausse des concours budgétaires de l’Etat pourrait aggraver la situation, alors que les solutions envisagées pour couvrir les déficits sont insuffisantes. La solution monétaire expliquée par le ministre des Finances à l’Assemblée, lors des débats du projet de loi de finances du prochain exercice, pourrait constituer une piste, mais insuffisante de l’avis des économistes, voire limitée étant donné que la marge de manœuvre était plutôt très étroite. La solution monétaire consiste à slalomer entre trois éléments d’une relation triangulaire, les banques, la banque d’Algérie et le trésor, mais dont les capacités de mobilisation sont limitées, voire porteuses de risques. Le déficit budgétaire devrait caracoler à plus de 2784 milliards de dinars en 2021, alors que celui du trésor dépasserait les 3614 milliards de dinars, ce qui est bien au-dessus des déficits prévisionnels de l’actuel exercice budgétaire. La remontée des cours du brut pourrait permettre au gouvernement de rester dans ses propres clous, mais ce n’est qu’une reprise éphémère, permise par des facteurs conjoncturels.<