Les avocats de la défense dans le procès Khalifa Bank reprendront leurs plaidoiries aujourd’hui au Tribunal criminel de Blida, où ils les avaient entamées mercredi et poursuivies jeudi derniers. Les robes noires avaient inscrit leurs interventions dans la même logique de réfutations ayant émané préalablement de leurs mandants respectifs lors de leur audition par la juge chargée de l’affaire.
Dans le cas de l’accusé principal qu’est Abdelmoumène Khalifa, les avocats avaient la lourde tâche de «casser» le lourd réquisitoire du Procureur général, à savoir la perpétuité requise ainsi que la confiscation de l’ensemble des biens de l’ex-PDG du groupe Khalifa saisis auparavant.
Pour riposter au représentant du Parquet général et tenter de convaincre la magistrate, le collectif chargé de la défense de ce dernier a axé son action sur le statut de «victime» de l’ancien système que son client a prétendu avoir été. Il n’hésitera pas, de ce fait, à demander l’acquittement de son client des différentes charges retenues, car, dira-t-il, il avait «refusé de financer la campagne électorale de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika». Il a demandé également la levée de main sur ses biens confisqués à savoir une voiture et une usine à Boufarik (Blida).
Avant d’arriver à cette demande, avec laquelle a été clôturée la plaidoirie, jeudi au cinquième jour du procès en cassation, l’un des avocats a souligné qu’ «on reproche à son client des faits qu’il n’a pas commis» pour des «mobiles politiques», rapporte l’APS. C’est pour cette raison que l’accusé ne s’était pas rendu après le mandat de dépôt international lancé contre lui, sur la base «d’accusations infondées», a justifié l’intervenant.
Il ajoutera que «l’ancien régime avait l’intention de liquider la Banque Khalifa avant même de découvrir les soi-disant infractions et dépassements» pour évincer son client qui était «un exemple du jeune Algérien ambitieux qui a préféré investir dans son pays dans la décennie noire et contribué à la création de milliers d’emplois en faveur des jeunes à l’époque».
Dans ce contexte, l’avocat de Abdelmoumène Khalifa a affirmé que son client «fond de grands espoirs» sur ce procès qui intervient dans des circonstances différentes du procès de 2015 qui «ne remplissait pas les critères d’un procès équitable». Concernant la «falsification de documents bancaires» dont est accusé son mandant, la défense a affirmé qu’il s’agissait de documents datant des 26, 27 et 28 février 2003, alors que Abdelmoumène Khalifa avait quitté le pays avant ces dates», s’interrogeant alors «comment peut-on le considérer comme étant le principal auteur», selon l’arrêt de renvoi.
Quant aux chefs d’inculpation de vol en réunion et d’abus de confiance, l’avocat de l’accusé a affirmé que «les fonds avaient été déposés à banque Khalifa de manière volontaire et d’un accord entre les deux parties (la banque et les clients), en sus de la condamnation Youcef Akli, l’ancien Directeur général adjoint chargé de la caisse principale de la banque Khalifa en 2007 pour vol en tant qu’auteur principal». Partant, «il est légalement impossible de reprocher les mêmes charges contre les principaux auteurs, ce qui conduit à l’abandon des charges contre son client», a-t-il dit.
Des avocats de certains autres accusés dans cette affaire ont, eux aussi, plaidé l’innocence de leurs mandants, considérant que ces derniers «ont été arbitrairement privés de leur liberté et leurs biens confisqués, juste parce qu’ils étaient parmi les cadres les plus proches de l’accusé principal dans l’affaire, à savoir Abdelmoumène Khalifa».
Ces accusés «parmi les meilleurs cadres et dirigeants ont été privés de leur liberté et ont vu leur biens confisqués de manière arbitraire, en dépit de leur non-implication dans les faits délictueux qui leur sont imputés dans cette affaire, seulement parce qu’ils étaient parmi les cadres les plus proches de l’accusé principal, qui est lui aussi une victime d’un règlement de compte de l’ancien système», a-t-on encore plaidé.
Outre la perpétuité requise contre Abdelmoumène Khalifa, le Procureur général près le Tribunal criminel de Blida avait requis, mercredi dernier, des peines allant de 4 à 20 années de prison ferme contre les 11 autres accusés. Ces derniers ont déjà purgé les peines auxquelles ils ont été condamnés en première instance, en juin 2015, à l’exception de Abdelmoumène Khalifa, condamné alors à 18 années de prison ferme, et qui se trouve incarcéré à la prison de Blida depuis décembre 2013, après son extradition de Grande-Bretagne où il se trouvait en fuite. n