Lundi 3 octobre, le guide suprême iranien a pointé d’un doigt accusateur les Etats-Unis et Israël d’être derrière la vague de contestation inédite qui souffle sur l’Iran depuis l’assassinat de la jeune Mahsa Amini. Washington annonce de «nouvelles sanctions» contre le régime des mollahs. Les négociations sur le dossier du nucléaire se poursuivent, indique la Maison-Blanche.

Synthèse Lyes Sakhi
L’ayatollah Ali Khamenei a accusé Israël et les Etats-Unis d’avoir fomenté le mouvement de contestation déclenché par la mort de Mahsa Amini. «Je dis clairement que ces émeutes et l’insécurité sont l’oeuvre des Etats-Unis, du régime sioniste usurpateur, leurs mercenaires et certains Iraniens traîtres qui les ont aidés à l’étranger», a déclaré l’ayatollah Khamenei, 83 ans, dans sa première réaction aux manifestations.
«La police est obligée de tenir tête aux criminels et d’assurer la sécurité de la société». «La mort de la jeune fille nous a brisé le coeur, mais ce qui n’est pas normal, c’est que certaines personnes, sans preuve ni enquête, rendent les rues dangereuses, brûlent le Coran, retirent le foulard des femmes voilées, mettent le feu aux mosquées et aux voitures», a ajouté le guide suprême iranien. «Beaucoup de femmes en Iran ne portent pas parfaitement le voile et sont de ferventes partisanes de la République islamique», a-t-il encore écrit sur Twitter. «Les Etats-Unis ne peuvent pas tolérer un Iran fort et indépendant».» Vendredi 30 septembre, le ministère iranien du Renseignement avait indiqué que neuf ressortissants étrangers avaient été arrêtés en lien avec les manifestations. Une globe-trotteuse italienne de 30 ans a affirmé être détenue en Iran : «Je suis dans une prison à Téhéran. Aidez-moi s’il vous plaît..», a déclaré Alessia Piperno lors d’une brève conversation téléphonique avec ses parents dimanche 2 octobre, selon le quotidien italien Il Messaggero. Lundi 3 octobre, le chef de la diplomatie britannique James Cleverly a convoqué le plus haut diplomate iranien à Londres. Le Canada a de son côté imposé de nouvelles sanctions contre des représentants iraniens, dénonçant «la persécution systématique des femmes, et plus particulièrement les actions choquantes commises par la prétendue police des moeurs». Au moins 92 personnes ont été tuées par la répression depuis le début des manifestations, selon l’ONG Iran Human Rights. Les autorités iraniennes affirment quant à elles qu’environ 60 personnes parmi lesquelles 12 membres des forces de sécurité ont été tuées depuis le 16 septembre.
Lundi 3 octobre, le président des Etats-Unis Joe Biden a fait savoir dans un communiqué que «cette semaine, les Etats-Unis infligeront de nouvelles sanctions aux auteurs de violences contre des manifestants pacifiques» en Iran. Le président américain se dit «gravement préoccupé par les informations sur la répression toujours plus violente contre des manifestants en Iran, y compris des étudiants et des femmes» et promet que «les Etats-Unis sont aux côtés des femmes iraniennes et de tous les citoyens iraniens dont le courage est une inspiration pour le monde».

Nucléaire iranien, les négociations se poursuivent
Les Etats-Unis sont «alarmés et révoltés» par la répression exercée par les autorités iraniennes contre des manifestations étudiantes, avait auparavant dit la porte-parole de la Maison-Blanche Karine Jean-Pierre. «La manière dont le gouvernement iranien traite les femmes et cette violente répression de manifestations pacifiques (…) sont justement le genre de comportements qui poussent les jeunes Iraniens talentueux à quitter leur pays par milliers en quête de dignité et de perspectives», a encore dit la porte-parole de Joe Biden. Karine Jean-Pierre a toutefois estimé que les Etats-Unis pouvaient d’une part condamner cette répression et de l’autre poursuivre les négociations pour tenter de ressusciter l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien.
Cet accord est «la meilleure manière selon nous d’aborder le problème nucléaire», a-t-elle assuré. «Tant que nous estimerons que poursuivre ces discussions est dans l’intérêt de la sécurité nationale des Etats-Unis, nous le ferons». «Au plus fort de la Guerre froide, quand le président Reagan appelait l’Union soviétique ‘l’empire du mal’, il menait également des négociations de contrôle des armements» avec les Russes, a-t-elle justifié. Washington avait déjà annoncé le 22 septembre une salve de sanctions visant la police des moeurs iranienne et plusieurs responsables de la sécurité.
Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans, est décédée le 16 septembre, trois jours après son arrestation pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique qui oblige notamment les femmes à porter le voile. Sa mort a déclenché une vague de manifestations en Iran et des rassemblements de solidarité avec les femmes iraniennes à travers le monde. Ce mouvement de contestation, le plus important en Iran depuis celui de 2019 contre la hausse des prix de l’essence, est entré dans sa troisième semaine et la répression s’est accrue. n