Le traitement violent réservé par les forces de police aux manifestants de la ville d’Oran et des autres wilayas limitrophes a suscité l’indignation des militants des droits de l’homme et autres acteurs politiques qui ont dénoncé « une véritable dérive ».
En effet, les militants des droits de l’homme décrient la violence et la répression dont ont fait l’objet des manifestants à Oran, sortis défiler le 43e vendredi de mobilisation populaire. La manifestation hebdomadaire a été ainsi marquée par l’arrestation et l’interpellation d’une centaine de manifestants.
Selon des témoins oculaires, des gens ont été embarqués, tandis que d’autres ont été dispersés à coups de matraque et de gazage. Certes, le calme a regagné la ville de l’ouest, mais les séquences partagées sur les réseaux sociaux tournent en boucle et choquent les esprits. Et les réactions de condamnation n’ont pas tardé à fuser de toutes parts.
Dans un communiqué rendu public, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) condamne une « violente répression » qui s’est transformée en une véritable chasse contre des citoyens pacifiques qui entendaient tout simplement marcher, comme ils le font dignement depuis le 22 février », précise la LADDH. Les Oranais ont été « réprimés en masse au lendemain d’une élection rejetée et boudée par la majorité des Algériens d’un candidat désigné par avance », dénonce l’association. La LADDH, qui dénonce une répression qu’elle qualifie de « brutale » contre des manifestants pacifiques et l’usage de la violence, « exige la libération de toutes les personnes arrêtées et appelle à la fin de la répression contre les Algériens ». Cette répression témoigne de la volonté du système en place qui « refuse d’écouter les revendications et aspirations des Algériens pour une Algérie libre et démocratique de « punir la population d’Oran et le Hirak », estime la LADDH. « La répression qui s’est abattue sur les manifestants de la ville d’Oran est inadmissible. Elle est autant condamnable qu’injustifiée », écrit l’éditeur et écrivain d’expression berbère Brahim Tazaghart. A ses yeux, les Algériens votant ou boycottant doivent la « dénoncer avec force ». Ils doivent s’accorder sur le principe de l’évacuation de la violence de l’espace public », dénonçant une « gestion répressive », et réclamant en parallèle « une gestion politique de la crise nationale », soutient l’ancien militant du Mouvement culturel berbère (MCB). Quant à l’avocat et militant des droits de l’homme Abdelghani Badi, il condamne les institutions étatiques restant de marbre face à ces dépassements. « Le ministre de la Justice Belkacem Zeghmati, le procureur général de la Cour d’Oran ou Bouzid Lezhari, président du CNDH, ont-ils vu ces images ? », s’interroge Maître Badi, qui estime que le ministre de l’Intérieur a d’autres occupations qui concerne des individus qu’il connaît « un par un », ironise l’avocat en allusion aux derniers propos du ministre de l’Intérieur qualifiant les opposant à la solution constitutionnelle de « traîtres et d’homosexuels ».
« Ce qui s’est passé à Oran témoigne de la mentalité et pratique d’un régime sans scrupules et réfractaire au changement », conclut l’avocat.