La manifestation des agents de la protection civile qui a secoué Alger hier a été une démonstration de force édifiante. Ce qu’il faut retenir, entre autres, de cette marche, c’est qu’elle a été déclenchée sans couverture syndicale. Elle n’avait rien de spontanée pourtant, mais les «préparatifs» s’étaient déroulés presque en catimini. Le mouvement de protestation a été déclenché sans le syndicat qui fait office de représentant des agents de la protection civile. Le voile est ainsi tombé. Le syndicat national des agents de la protection civile, affilié à l’UGTA (Union générale des travailleurs algériens), n’a finalement aucun poids, et ce qui s’est passé hier met à nu la supercherie de la notion même de représentativité. D’ailleurs, il suffit de faire attention aux slogans des manifestants d’hier pour avoir une idée sur l’ampleur de la grogne au sein des membres de ce corps affilié au ministère de l’Intérieur. «Nakaba dégage» (syndicat dégage), «Nakaba dyalkoum jamais atchoufelna» (votre syndicat ne nous prend jamais en considération), fusaient en chœur devant le siège de la DG. Le message est clair et net.
La non-représentativité du syndicat ne concerne pas uniquement la protection civile. D’autres corps, organismes, entreprises se retrouvent dans le même cas de figure, et certains n’ont pas hésité à monter au créneau pour dénoncer cette situation. Le dernier épisode n’est pas si lointain. Il remonte à une vingtaine de jours, exactement avec le début du mois de Ramadan. Il s’agit de la grève des travailleurs d’Algérie Poste qui avait fait beaucoup de remous, dont le principal résultat a été le limogeage du ministre de tutelle deux semaines après le lancement du mouvement. Ce qu’il fallait noter de cette grève à Algérie-Poste, c’est qu’elle avait été déclenchée à l’insu du syndicat d’entreprise affilié à… l’UGTA.
Dans les deux cas, la protection civile et Algérie-Poste, tout a été organisé en dehors des bureaux et des salles de réunion. C’est là où s’observe l’élimination automatique des syndicats non-représentatifs. Les mots d’ordre des grévistes et des manifestants ont été confectionnés tout simplement sur les réseaux sociaux. Un espace virtuel dans lequel les agents de la protection civile et les salariés d’Algérie Poste ont trouvé refuge pour s’organiser et s’impliquer dans la «monde réel».
Oui, les temps ont changé. Il n’est plus possible de gérer ce pays avec les mêmes méthodes d’avant. Le changement n’est plus un choix, c’est une exigence.