«Coup fourré et vengeance». C’est en ces termes que des syndicats autonomes qualifient la démarche du ministère du Travail relative à leur représentativité. Ces derniers accusent clairement la tutelle de vouloir les écarter de la scène syndicale, car «ils dérangent le pouvoir».

Les propos des responsables de ces syndicats traduisent l’inquiétude de voir le pays retourner à l’époque du syndicat unique, sous prétexte de  représentativité. Yahyaoui Kouider, du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE), décrit la complexité de la procédure pour présenter les statistiques relatives aux adhérents et les formations les concernant. «Le ministère nous a laissé 12 jours seulement pour collecter les noms de nos adhérents, leurs activités et leur numéro de sécurité sociale», a-t-il précisé. Une mission difficile à accomplir vu le nombre important de nos effectifs, ajoute notre interlocuteur.
Selon lui, le ministère du Travail affiche clairement sa volonté de mettre de l’ordre sur la scène syndicale en écartant les syndicats qui dérangent. Il a parlé de vengeance vis-à-vis des syndicats qui ont mené des mouvements de protestation.
Pour Yahyaoui Kouider, le gouvernement a en perspective d’adopter le nouveau code du travail sans aucune voix discordante. Pour sa part, Meziane Meriane, du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (SNAPEST), qui voit dans la démarche un «coup fourré» du pouvoir, estime que le niveau de représentativité de 20% imposé par le ministre «est une condition impossible à satisfaire». Le même responsable considère que le ministère du Travail n’est pas habilité à s’occuper de la représentativité et de la légitimité des syndicats, expliquant que l’affaire «regarde les travailleurs et les militants». Il affirme toutefois que son syndicat tiendra un conseil national les 11 et 12 mai prochain afin de transmettre au ministère les informations demandées concernant leurs effectifs selon le canevas décidé par le gouvernement. Pour rappel, M. Mourad Zemali a promis de débarrasser «la scène des syndicats hors-la-loi», accusant ces derniers de faire de l’agitation sociale et médiatique, mais sans réelle représentativité sur le terrain. Pour lui, l’impératif de représentativité devient un critère nécessaire pour permettre l’identification de syndicats représentatifs avec lesquels le gouvernement entend promouvoir un dialogue permanent, avec possibilité d’intégration dans  les futures tripartites. Trente-cinq syndicats, sur les 65 inscrits au niveau du ministère du Travail, n’ont communiqué aucune information sur les éléments permettant d’apprécier leur représentativité. Treize syndicats n’ont pas présenté de dossier complet pour être en conformité avec la législation, tandis que 17, dont l’UGTA et le Snapap, ont rempli toutes les conditions de mise en conformité, selon un communiqué du ministère repris par l’APS.