La réunion, que devait tenir hier, 29 août, le Comité national pour le salut du peuple (CNSP), a été reportée pour des «raisons d’ordre organisationnel». Ce rendez-vous, reporté à une «date ultérieure» sans plus de précisions, a été annulé peu de temps avant son déroulement.
Vendredi 28 août, le CNSP avait convié officiellement, dans la soirée, les formations politiques du pays, opposition et majorité, les organisations de la société civile et les groupes armés du Nord, signataires de l’accord d’Alger de 2015, à un tour de table pour un échange sur les moyens de la mise en place de la transition.
L’annulation de cet échange a été expliquée hier par le besoin de «mieux le préparer» et de convier à la table des discussions des parties qui n’ont pas été invitées au départ. On pense notamment au mouvement M5-RFP qui a dit vendredi soir «regretter de ne pas avoir été invité». On pense aussi à la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mamoud Dicko (CMAS). Dans une déclaration à RFI, un cadre de cette coordination a indiqué à ce média français que l’annulation de la rencontre de samedi avait «forcément un lien» avec les déclarations de l’imam. «Ils ont compris que ce serait une faute politique de ne pas nous associer»
Vendredi, Mahmoud Dicko, figure centrale du champ politique malien, a mis en garde les militaires au pouvoir. «J’ai demandé à tout le monde de se réunir autour du Mali. Je le demande toujours mais cela ne veut pas dire que les militaires ont carte blanche», a-t-il déclaré devant des centaines de personnes, dix jours après le putsch qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.
«On ne délivrera de chèque en blanc à personne pour la gestion de ce pays, ça, c’est fini», a insisté l’imam, reprochant aux nouveaux maîtres de Bamako de s’enfermer dans leur quartier général et de se couper des forces vives. L’imam, figure nationale à la croisée du religieux et du politique, pourfendeur de la corruption et chantre d’un Mali «refondé» sur ses valeurs religieuses et sociales, est un acteur primordial de la crise politique qui secoue depuis plusieurs mois le pays par ailleurs en proie aux attaques djihadistes et aux violences intercommunautaires.
«S’asseoir avec
les forces vives…»
C’est autour de lui que s’est agrégé, en avril, un mouvement de contestation civile qui a mobilisé pendant des mois pour le départ du président Keïta, avant qu’un groupe d’officiers ne dépose le chef de l’Etat le 18 août. L’imam a signifié aux colonels qu’ils n’avaient fait que récolter les fruits de l’action de ce mouvement, dit du 5-Juin. «Nous avons mené le combat, des gens sont morts, les militaires qui sont venus parachever (ce combat) doivent tenir parole», a-t-il dit lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes des troubles en juillet. Le 10 juillet, une manifestation à l’appel du Mouvement du 5 Juin avait dégénéré en trois jours de troubles civils, les plus graves à Bamako depuis 2012. Le gouvernement avait fait état de 11 morts, l’opposition parlant de 23.
La contestation a irrémédiablement déstabilisé le président Keïta, à la tête du pays depuis 2013 avec le soutien de la communauté internationale dans le combat contre les djihadistes.
Par contraste, le coup d’Etat qui l’a fait tomber a été mené au prix de quelques coups de feu et de quelques arrestations, dont celle de M. Keïta. Le putsch a posé la question du rôle qui serait dévolu au Mouvement du 5 Juin. La junte a promis une transition pour des élections dans un délai «raisonnable» et un retour des civils au pouvoir. Après la première rencontre formelle avec les colonels, mercredi, les responsables du mouvement, sans M. Dicko qui n’en fait pas officiellement partie, avaient clairement dit que la junte devait collaborer avec lui. Or, les militaires «s’enferment» dans le camp de Kati, où ils ont établi leur quartier général à une quinzaine de kilomètres de Bamako, a critiqué M. Dicko. «Ils doivent s’asseoir avec le Mouvement du 5-Juin et toutes les forces vives» ; «ils ne doivent pas être des problèmes, il faut qu’ils soient des solutions», a-t-il dit. n