Les récentes accusations relatives au mauvais traitement des personnes en séjour irrégulier dans notre pays ont fait réagir en haut lieu. Les autorités algériennes ripostent aux ONG en réaffirmant leur respect de ses obligations sur la question migratoire. Elles réclament des explications au Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies et indiquent que dans le flux des migrants clandestins se trouvent des éléments terroristes infiltrés.

Réagissant aux critiques des ONG, l’Algérie a rejeté avec «force les accusations à tort», dénonçant «une campagne malveillante». Une campagne qui vise, indiquait jeudi le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué, «à porter atteinte à son image et à ses rapports avec ses voisins du Sud auxquels elle est liée par des relations fortes fondées sur la fraternité, le respect mutuel, la solidarité et la communauté de destin». A travers ce communiqué, les autorités répliquaient à l’appel de certaines ONG et militants destiné au gouvernement, ainsi qu’à d’autres critiques formulées par HRW et le réseau Euromed qui ont accablé l’Algérie. Réitérant qu’elle s’est acquittée de ses obligations internationales concernant les droits de migrants, l’Algérie a fait mieux et «inscrit dans sa Constitution le principe de non-discrimination entre ses citoyens et les ressortissants étrangers se trouvant légalement sur son territoire qui jouissent pour leur personne et leurs biens de la protection de la loi», précise le MAE. Plus encore, «terre d’hospitalité» l’Algérie restera fidèle à ses traditions séculaires, selon la même source. En effet, contrairement aux accusations des ONG, des migrants vivent en communion avec les Algériens. Et c’est ce qu’est venue constater de visu une délégation d’officiels maliens (ministère des Affaires étrangères) arrivée le 23 mai dernier à Tamanrasset. Cette délégation devait s’enquérir de la situation de ses ressortissants, de leurs conditions de vie et de diverses autres questions liées à leur mode de vie dans le respect des lois et règlements algériens, selon des membres de cette communauté. Des témoignages rapportés par l’APS font état de Maliens qui exercent «librement» diverses activités aux côtés de la population locale dans le «respect mutuel».

«Terre d’hospitalité»
Cependant, peut-on lire dans la réponse du département de Abdelkader Messahel, «l’Algérie a été, à l’instar de tous les pays du monde confronté à ce phénomène à caractère universel, conduite à prendre, dans le cadre de la loi et en conformité avec ses obligations internationales, des dispositions en vue d’assurer la sécurité et le bien-être tout à la fois des citoyens algériens et des ressortissants étrangers se trouvant sur le territoire algérien». Comprendre qu’il n’est pas question de donner l’occasion à ceux qui exploitent ces réseaux pour attenter à la sécurité du territoire. A maintes reprises, faut-il le rappeler, des voix officielles ont parlé  d’infiltrations par des réseaux terroristes et de trafic. En avril dernier, le Premier ministre a soutenu que l’Algérie n’a aucun complexe à traiter ce phénomène, soutenant qu’il s’agit de la sécurité nationale. Ahmed Ouyahia avait alors regretté qu’au sein de cette migration clandestine «nous avons découvert beaucoup de choses».

Des migrants membres d’Ansar Eddine ?
Et c’est suite à cela que «des mesures de reconduite à la frontière d’un certain nombre de migrants illégaux ont ainsi été décidées et mises en œuvre en veillant au strict respect de la dignité et des droits humains des personnes concernées et en étroite  concertation avec les Etats dont ils sont ressortissants», fera observer le ministère des Affaires étrangères. Il n’a jamais été question donc de rapatriement arbitraire, encore mois d’expulsion au sens propre. Seulement, à en croire une source officielle ayant requis l’anonymat, citée par Reuters, une première opération de ce genre a eu lieu contre des migrants membres appartenant à un groupe terroriste. «L’Algérie va expulser 105 Maliens pour être membres du groupe militant Ansar Eddine», a déclaré la même source, ajoutant qu’il s’agit d’«une décision du tribunal d’Alger». Pas encore confirmée par le gouvernement, cette expulsion ne peut qu’accréditer davantage les craintes de l’Algérie quant au terrorisme qui profite du phénomène de la migration pour étendre ses zones de frappe.  Enfin, et outre la réponse du ministère des Affaires étrangères aux ONG l’ayant accusé de «rapatriements arbitraires et massifs» de migrants, l’Algérie a exprimé au bureau du Haut-commissaire des droits de l’homme des Nations unies, par la voie de son représentant permanent à Genève, sa «vive désapprobation» des propos «inacceptables» tenus par sa porte-parole. Ravina Shamdasani a appelé «à cesser les expulsions collectives de migrants», notamment originaires d’Afrique subsaharienne. «Le nombre de personnes expulsées est estimé à plusieurs milliers», et ce, en l’absence de chiffres exacts «difficiles à obtenir», a déclaré Shamdasani.

Demande de clarifications
Les autorités ont instruit son représentant, indique le ministère des Affaires étrangères, dans un autre communiqué, de «demander des clarifications sur les raisons l’ayant conduite (la porte-parole du H-CDH) à faire avec une aussi insoutenable légèreté un tel procès d’intention à l’Algérie». «Ces propos, parce qu’ils se fondent sur de simples allégations parcellaires approximatives et non vérifiées, rapportées, du reste, au conditionnel, constituent une grave entorse à la vérité et un manquement grave à l’obligation de rigueur, de prudence et d’objectivité à laquelle doit s’astreindre, en toutes circonstances, le bureau des droits de l’homme, en particulier lorsqu’il s’agit de questions aussi sensibles et aussi complexes», ajoute le communiqué du département des Affaires étrangères. Quant aux mesures de reconduite aux frontières, elles «se font conformément à la loi algérienne, aux obligations internationales» et «avec l’accord préalable des autorités des pays concernés», défend l’Algérie, assurant que l’hébergement des migrants rapatriés se fait dans des «conditions décentes» au sein de centres d’accueil spécialement aménagés à cet effet et leur acheminement jusqu’à Tamanrasset est fait par des «autobus dotés de conditions optimales de confort».