Les Etats-Unis ont appelé, mardi, à la fin de la guerre au Yémen, demandant notamment que cessent les bombardements de la coalition menée par l’Arabie saoudite. Un appel qui constitue un véritable changement dans la position américaine dans la dramatique situation au Yémen.

Washington exige l’ouverture de négociations d’ici trente jours, estimant toutefois que le premier pas doit être fait par les Houthis. Ces derniers ont, par une résistance inattendue face à l’intervention militaire, mit dans l’embarras l’Arabie saoudite et ses alliés. Ce brusque changement de position américaine, exprimé par le ministre de la Défense Jim Mattis, puis par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, intervient probablement comme une réplique de l’affaire Khashoggi qui a défrayé la chronique et mis sous pression les relations très particulières des Etats-Unis avec le royaume saoudien. Dans un contexte, où l’administration Trump semble sous pression à quelques semaines du vote du mi-mandat, cette «réorientation» de la position américaine confirme la fragilisation de Riyad. «L’heure est maintenant à la fin des hostilités, ce qui inclut les tirs de missiles et de drones venant de zones contrôlées par les Houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis», a déclaré Mike Pompeo. «Les frappes aériennes de la coalition doivent ensuite cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen», a-t-il ajouté. Jim Mattis a plaidé, de son côté, pour le même scénario, appelant «tout le monde à rejoindre la table de négociations sur la base d’un cessez-le-feu», insistant sur un retrait des Houthis de la frontière avec l’Arabie saoudite, «puis, un arrêt des bombardements» de la coalition arabe.
L’arrêt de cette guerre destructrice permettra à l’émissaire des Nations unies pour le Yémen, le Britannique Martin Griffiths, de réunir les différentes parties pour des négociations. «Nous devons faire ça d’ici trente jours (…) et je pense que l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont prêts», a ajouté Pompeo au cours d’une conférence à Washington, après avoir rencontré plusieurs dirigeants arabes en marge du Dialogue de Manama. La guerre au Yémen, qui a fait quelque 10 000 morts et engendré la pire crise humanitaire actuelle dans le monde, selon l’ONU, oppose des forces sous influence saoudienne aux Houthis, considérés comme proches de l’Iran. L’intervention militaire menée par l’Arabie saoudite a aggravé la situation provoquant des dégâts considérables dans ce pays pauvre de la péninsule arabique.
Pressions sur Riyad
En mars 2015, la coalition saoudienne est intervenue militairement au Yémen, officiellement pour soutenir un gouvernement local en déroute. L’armée américaine fournit une aide logistique, en armement et en partage de renseignements à l’Arabie saoudite et aux Emirats. La couverture politique de l’hyper puissance était jusqu’ici le meilleur appui pour Riyad et Abu Dhabi dans cette guerre. Face aux accusations de frappes aveugles et de bavures qui ont coûté et continuent de coûter la vie à des centaines de civils, dont des enfants, l’administration Trump était déjà sous pression. Après le meurtre de Jamal Khashoggi, le 2 octobre dernier, dans le consulat saoudien à Istanbul, cette pression s’est accrue, l’Arabie saoudite se trouvant au cœur d’une crise internationale inédite. Si les Etats-Unis, comme la France, excluent de cesser de vendre des armes à Riyad, l’Allemagne, elle, a choisi d’arrêter ses exportations d’armements. L’affaire Khashoggi continue néanmoins d’avoir des répercussions. La Turquie exprime des doutes sur la volonté de l’Arabie saoudite de «coopérer sincèrement» dans l’enquête sur le meurtre du journaliste saoudien au consulat de son pays à Istanbul. Sous la pression internationale, Riyad avait fini par reconnaître, après plusieurs jours de déni, le meurtre du journaliste dans son consulat lors d’une opération «non autorisée», en avançant plusieurs versions contradictoires. Selon les médias turcs, le corps du journaliste a été démembré par des agents dépêchés par Riyad. Plusieurs responsables et médias turcs ont directement accusé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman d’être le commanditaire de ce meurtre.