Les préparatifs de la reprise des cours dans les universités, selon le protocole sanitaire présenté récemment aux partenaires sociaux du secteur, sont loin de rassurer toutes
la composante de la communauté universitaire.

La reprise annoncée à partir du 23 août, avec possibilité pour chaque établissement de décider si les conditions s’y prêtent, suscite en effet des appréhensions auprès des enseignants du supérieur qui craignent que les autorités compétentes ne puissent pas offrir un cadre « sanitaire et pédagogique serein » à l’occasion de la réouverture des facultés.
Signataires d’une déclaration, des enseignants universitaires rappellent que le pays recèle 110 établissements d’enseignement supérieur entre universités, centres universitaires, école nationale supérieure, école normale supérieure, agence et centre recherche. Ces universités emploient 61 000 enseignants et reçoivent 1 514 300 étudiants hors doctorat et UFC.
Les enseignants universitaires évoquent en particulier le « problème du transport » estudiantin, marqué par un afflux important, reprochant ainsi aux responsables de « ne pas aborder » dans la planification de la rentrée universitaire « les règles de distanciation de plusieurs milliers d’étudiants répartis sur des dizaines de cités universitaires environnantes avec les arrivées et départs massifs.
Ils s’interrogent également sur la disponibilité de masques et de gel anti-bactérien à l’entrée des amphis et des salles de travaux dirigés (TD), estimant nécessaire de faire un plan de réaménagement des emplois du temps et contrôler les entrées et sorties, et trouver suffisamment de classes pour les cours avec de petits nombres d’étudiants.
Les enseignants jugent « hasardeux » d’envisager de dispatcher les étudiants en plusieurs sous-groupes, alors qu’en temps normal, l’administration de l’université met un à deux mois après la rentrée universitaire à répartir les salles entre les départements.
S’agissant des cours à distance (EAD), les enseignants estiment que la fermeture des cyberespaces va poser un problème pour une grande majorité d’étudiants ne disposant pas d’ordinateur ou de connexion Internet à domicile. D’ailleurs, près de 80% des étudiants des départements de science humaine et sociale (SHS) vivent dans les régions suburbaines ou zones rurales sous-équipées, soulignent les enseignants.
Evoquant leur attachement à « l’égalité des chances » entre étudiants et à la gratuité de l’enseignement garanti par les lois, les enseignants redoutent se heurter à une « sélection sociale » de l’accès au savoir à l’université, et ce, en passant de la « fracture numérique à la fracture sociale ». Ils reprochent dès lors à l’administration « d’ignorer les problèmes de base liés à la reprise et à l’enseignement à distance (EAD) qui a ses règles, mais qui a malheureusement, démontré ses limites en Algérie.
Preuve en est, les membres du rectorat de l’USTHB ont fait savoir à un collectif d’enseignants de la même université que le taux de participation des étudiants aux enseignements à distance ne peut en aucun cas, sur la période des 4 mois de son existence, avoir dépassé les 40% d’inscrits.
Les cours en ligne, alertent les enseignants, vont « participer à la baisse du niveau et à la démobilisation des étudiants ». Le collectif attire, dans ce sens, l’attention sur le fait que l’acte pédagogique, à travers les enseignements à distance, « ne peut être appréhendé exclusivement par une approche comptable à travers le taux de finalisation des programmes, lequel taux est exagérément amplifié ». D’où son insistance sur l’acte pédagogique qui est apprécié « par la qualité de l’enseignement, par la proximité interactive enseignant-étudiant, et surtout par le taux d’adhésion des étudiants à cette forme d’enseignement ».
Lors du Conseil des ministres dimanche, il a été mis en évidence la « nécessité » de la prise en compte du « besoin d’étaler dans le temps le retour aux cours en tenant compte des impératifs liés aux conditions sanitaires et de leur évolution sur le terrain ». n