Par Feriel Nourine
Après plusieurs mois d’arrêt, imposé par la Covid-19, les marchés de véhicules d’occasion reprennent du service suite aux mesures d’allègement du confinement décidé en début de semaine par le Premier ministre, et dont bénéficient, entre autres, ces espaces à grande affluence.
Pour rappel, ces lieux avaient été déjà autorisés à rouvrir leurs espaces (une fois tous les 15 jours) en février dernier, mais la dégradation de la situation sanitaire dans le pays avait poussé les autorités concernées à imposer leur fermeture de nouveau.
La reprise, ce week-end, de la vente de véhicules usagés sur des marchés dédiés à travers certaines communes du pays constitue sans doute une opportunité pour les élus locaux de renouer avec les dividendes pécuniaires tirés de la location des places pour les véhicules à vendre. Celles-ci se comptent par milliers et procurent des revenus financiers non négligeables pour ces communes, secouées elles aussi par la crise sanitaire.
Les marchés de véhicules d’occasion génèrent aussi de l’emploi pour ceux nombreux à en avoir fait une activité à plein temps, mais aussi pour tout le beau monde qui s’y bouscule chaque semaine pour planter le décor de leurs sandwicheries ambulantes dont ils tirent leur gagne-pain.
Ceci étant, la décision des pouvoirs publics de rouvrir ce type d’espaces commerciaux ne semble pas avoir été dictée par seulement ce type de motifs. Elle pourrait même avoir été prise dans l’objectif premier de calmer les esprits d’une bonne partie d’Algériens, échauffés par la situation dans laquelle s’est retrouvé le marché automobile. Face à un marché du neuf auquel le gouvernement donne l’impression de ne pas vouloir réellement libérer, en reportant continuellement l’échéance d’octroi des agréments aux opérateurs ayant déposé, depuis plusieurs mois, un dossier pour l’activité de concessionnaire automobile, il ne semble rester que le véhicule d’occasion intra-muros pour faire oublier la longue et lente absence du neuf. D’autant que le projet de véhicules de moins de trois ans à acheter à l’étranger n’a pas tardé à tourner à l’échec.
Si la démarche des autorités vise réellement à faire oublier partiellement ce qui se passe dans le dossier du neuf, elle aura de très minimes chances de réussir dans la configuration actuelle du marché de l’automobile, neuf et occasion confondus. Les deux étant complémentaires, il faudrait d’abord qu’il y ait existence du marché du neuf pour que celui de l’occasion soit régulièrement alimenté. Et si le premier n’existe plus, le second finit par suivre fatalement en obéissant à la même logique.
Autrement dit, avec la pénurie qui s’est emparée du neuf depuis deux années, relayant une rareté qui s’était déjà installée du temps des assembleurs à quelques dizaines de milliers d‘unités par an seulement, les Algériens se sont retrouvés forcés à conserver le modèle qu’ils ont acheté, sachant qu’ils ne peuvent trouver que l’occasion, au cas où ils risqueraient de le vendre après une, deux, trois années, ou plus d’utilisation. Ceci dans le meilleur des cas, car il devient de plus en difficile de trouver un véhicule usagé à acquérir sans devoir subir la loi d’un marché dont les prix ne cessent de grimper, défiant toute logique commerciale, sauf celle générée par l’absence de l’offre.
En effet, les prix de l’occasion n’ont cessé d’augmenter depuis le début de la disparition du marché du neuf. A la première réouverture des marchés de l’occasion, en début d’année, des modèles d’entrée de gamme, prisés par les Algériens pour leur rapport prestations-prix, étaient proposés avec déjà 60% d’augmentation. Cette tendance haussière vertigineuse aurait pu s’arrêter, et emprunter le sens inverse, si les promesses du gouvernement de régler le dossier des importations de véhicules neufs avaient été menées au bout. Mais cela ne s’est malheureusement pas produit. Du coup, les marchés de l’occasion pourraient bien reprendre leur activité hebdomadaire pour servir d’espaces grandeur nature à cette flambée de l’occasion qui s’affiche notamment, à travers les transactions sur le net, devenu endroit privilégié pour les revendeurs de véhicules depuis l’arrivée de la Covid-19. Et, solution alternative, les ventes en ligne sont en train de gagner du terrain aux dépens des lieux commerciaux conventionnels. Toutes branches d’activités, faut-il préciser. Une réalité qui pourrait aussi réduire l’affluence attendue à partir de demain à Tidjelabine, Koléa, Sétif et ailleurs, où un marché de l’occasion rouvrira. n