Par NAZIM BRAHIMI
Le procès de l’affaire Amor Benamor n’a pas eu lieu hier comme programmé au Tribunal de Sidi M’hamed. Il a été reporté au 16 février. Ce qui relève de la routine dans la mesure où de nombreux procès ont été renvoyés à des dates ultérieures, prolongeant ainsi la souffrance des mis en détention préventive pendant plusieurs mois.
Cependant, la nouveauté réside dans la cause de ce énième report expliqué par le président de la séance par « l’absence d’un témoin pour des raisons de santé », et dont le concerné n’est autre que l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal. Cumulant les procès et les condamnations à de lourdes peines de prison et autres amendes, l’ancien chef du gouvernement sous Bouteflika, pendant des années, semble accuser le coup aussi bien physiquement que mentalement pour un homme de 74 ans arrêté le 13 juin 2019 pour corruption. Depuis, il ne se passe pas un procès impliquant les oligarques des années Bouteflika sans que le nom de Sellal ne soit cité, à tel point que ses passages devant les juges sont devenus coutumiers dans les juridictions de la capitale.
D’ailleurs, il y a moins d’un mois, plus précisément début janvier, Abdelmalek Sellal n’a pas contenu sa colère lors de sa comparution dans l’affaire du groupe Amenhyd, en lâchant au juge « tout cela doit cesser ». A l’adresse du même juge, il continue : « Je ne comprends pas pourquoi vous me convoquez à chaque fois pour que je m’explique sur des affaires et des dossiers dans lesquels je n’ai rien à voir », a-t-il dit. Il a ajouté par la même occasion, que sa « présence n’a pas lieu d’être », déclarant qu’il « n’y a pas au monde un Premier ministre en prison ». Très remonté, il a exprimé sa disponibilité à répondre aux questions du juge, mais pas continuellement. « Je réponds à vos questions sans le moindre problème. Mais à un moment, tout cela doit cesser ! Condamnez-moi à cent ans, si vous voulez. Je n’ai peur de rien, si je dois me sacrifier pour l’intérêt de l’Etat, je le ferai », a-t-il encore ajouté dans ce qui marque « l’usure » de l’ancien Premier ministre condamné dans plusieurs affaires de corruption.
La colère qu’il a lâchée à l’occasion du procès du groupe Amenhyd n’est pas la première signée Abdelmalek Sellal, qui avait laissé s’exprimer sa déception au mois de mars 2020 lors du procès en appel dans l’affaire de l’assemblage automobile et le financement de la campagne électorale pour le 5e mandat de Bouteflika qui était en projet. « A cette époque-là, il n’y avait rien. Ni justice ni gouvernement, ni Parlement. Tout le pouvoir était entre les mains du président Bouteflika », a-t-il répondu au juge qui l’interrogeait sur des détails dans les deux affaires en question. « Je n’ai pas géré des projets. Chaque secteur avait un ministre à sa tête. J’ai coordonné et veillé à l’application du programme », a-t-il soutenu, révélant avoir demandé « à maintes reprises d’écarter Abdesselam Bouchouareb » sur lequel il dit n’avoir aucune autorité ni pouvoir de décision.
En tout état de cause, la succession des procès et des comparutions semblent avoir fini par user l’ancien Premier ministre.