La rentrée 2019 s’annonce complexe aussi bien sur le plan social que politique et économique. Le gouvernement aura à slalomer entre l’impératif d’éviter les tensions sociales, à gérer les affaires courantes et à statuer sur les orientations budgétaires du prochain exercice.

Au front social, les foyers de colère ne se sont pas encore déclarés même si les syndicats disent préparer des actions de protestation et refuser de dialoguer avec un Exécutif en mal de légitimité. Certaines organisations, dont l’intersyndicale de la Fonction publique, voient leur action dans le prolongement du mouvement du 22 février sans, bien évidemment, omettre de remettre sur table leurs revendications corporatistes à l’occasion de la rentrée scolaire prévue dès ce mercredi 4 septembre. Au milieu de cette effervescence syndicale, deux points pourraient raviver les tensions : la reprise du mouvement populaire et la question des salaires, adossée à celle du pouvoir d’achat, qui touche les familles de plein fouet. La Confédération des syndicats autonomes, qui a rejoint dès le début le mouvement du 22 février, compte faire sa rentrée dès les premières semaines de septembre où des réunions sont d’ores et déjà prévues pour débattre des actions à organiser, avons-nous appris auprès de certains de ses représentants. Le Snapap, syndicat des personnels de l’administration publique, envisage, quant à lui, de remettre sur la table la question des salaires des personnels de l’administration, arguant d’un pouvoir d’achat en continuel érosion, fragilisé davantage par un dinar mal coté, sur fond de menaces d’une nouvelle dévaluation pour faire face aux impératifs de gestion budgétaire rendue plus complexe que jamais. Confronté à des foyers de tensions qui pourraient éclater à la moindre étincelle, le gouvernement, dont les acteurs politiques demandent la démission, même ceux acquis à la solution par le dialogue et à la présidentielle, sait qu’il a entre les mains plusieurs bombes à retardement en plus d’un front social en permanente effervescence. Le prochain exercice budgétaire s’annonce pour le moins acrobatique. L’Exécutif, en mal de légitimité, doit slalomer entre les impératifs de réduction des dépenses, faute de recettes suffisantes, la nécessité de relancer la croissance pour créer des richesses et des emplois, les impératifs d’une gestion plus rigoureuse des finances publiques et des comptes extérieurs afin de faire face aux déficits budgétaires et des comptes courants. En cette période budgétaire tendue où les sources de financement sont rarissimes, les banquiers plus que jamais réticents à accorder les crédits, la commande publique en net repli et les investisseurs privés en mode «wait and see», le risque de voir le taux de chômage grimper dangereusement n’est pas à exclure. D’autant plus que la situation économique connait une de ses pires années, faute de visibilité et d’investissements conséquents capables d’absorber les milliers de demandeurs d’emplois qui arrivent sur le marché chaque année. Outre le chômage, le pouvoir d’achat pourrait s’inviter dans les débats de rue dès les prochaines semaines, surtout lorsqu’on sait que les salaires de la Fonction publique n’ont pas évolué depuis 2012, alors que le coût de la vie est devenu de plus en plus insoutenable. S’il n’est pas encore d’actualité, étant donné qu’il est couvert jusqu’ici par les apports de la planche à billets, le déficit de la Caisse nationale des retraites est une bombe à retardement qui pourrait faire beaucoup de dégâts. Le sujet est complexe, car le déficit de la CNR est intimement lié à l’assiette des cotisants, alors que celle-ci dépend du marché de l’emploi et de la complexe équation de lutte contre le chômage des jeunes. Ce dernier est, faut-il le rappeler, à près de 30%. Des ajustements budgétaires douloureux devraient s’imposer sous peu, à l’occasion des grands arbitrages au titre de la loi de finances 2020. Les ordonnateurs ont été notifiés, avec comme consigne, de couper dans les budgets.
La réduction des dépenses d’équipement est une arme à double tranchant, elle peut être une bouffée d’oxygène pour un Trésor public chroniquement déficitaire comme elle peut être nuisible pour la croissance, tant il est vrai que l’investissement budgétaire faisait l’essentiel de la source de croissance de ces dernières années. C’est dire que les équations de la rentrée sont très complexes, et l’exercice de l’équilibre budgétaire n’a jamais été aussi acrobatique.