Après avoir fixé les dates de la rentrée scolaire des trois paliers de l’éducation nationale, les débats qui focalisent l’attention tournent autour de la mise en application du protocole sanitaire, notamment en matière d’hygiène et de respect de la distanciation physique au niveau des établissements, mais aussi autour de l’adaptation des horaires pour respecter cette distanciation. C’est, en somme, toute une organisation à mettre en place afin d’éviter la transmission du coronavirus au sein des écoles, collèges et lycées.
Si le rôle du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus est d’approuver le protocole sanitaire, l’organisation au sein des établissements scolaires revient, elle, au ministère de l’Education nationale qui doit prendre des mesures en associant les partenaires sociaux, mais aussi aux autorités locales qui gèrent les écoles sur le plan logistique. Chaque partie a une responsabilité à assumer pour mener à bien la mission de réussir la rentrée scolaire prévue le 21 octobre pour le cycle primaire et 4 novembre pour le moyen et le secondaire.
Dr Mohamed Bekkat Berkani, membre du Comité scientifique, a assuré que le protocole sanitaire a déjà été établi par le ministère de l’Education nationale, ensuite enrichi et ensuite approuvé par le Comité scientifique. Le protocole comporte un certain nombre de dispositions en matière d’hygiène et de distanciation. «Pour respecter la distanciation, il est clair que nous n’allons pas garder le même nombre d’élèves par classe, nous avons une moyenne de 30 élèves par classe. Le nombre d’élèves sera divisé en groupes et il y aura automatiquement une double vacation, un groupe le matin et un autre l’après-midi pour pouvoir maitriser les flux», a indiqué Dr Bekkat Berkani.
«Le problème qui se pose maintenant est la répartition de l’enseignement par rapport au programme scolaire, car il y en qui estiment que les cours pourraient être dispensés le samedi», a-t-il dit, tout en relevant que cela reste «une organisation qui revient au ministère de l’Education nationale à mettre en place tout en restant fidèle au protocole».
Mais sur le plan purement sanitaire, il s’agit de «respecter la distanciation en ne gardant qu’un seul élève par table, en mettant aussi une distance entre les tables. Il s’agit également de respecter le port de la bavette pour les élèves des collèges et lycées et le personnel enseignant, et de mettre à disposition au sein des établissements scolaires le savon liquide et l’eau pour le lavage des mains ou, pourquoi pas, le gel hydroalcoolique», a Dr Bekkat Berkani, qui est également président du Conseil national de l’Ordre des médecins.
Il relèvera néanmoins que «les écoles ne sont pas toutes les mêmes». «Il y a des établissements qui n’ont pas d’eau. Il faut que les autorités locales s’occupent de ce problème, comme il leur revient d’assurer le reste de la logistique en matière de savon liquide et de bavettes puisque ce sont elles qui ont en charge la gestion des écoles», a-t-il plaidé.
Pour les syndicats du secteur de l’éducation nationale, le protocole sanitaire est une «nécessité» pour préserver la santé des élèves, mais c’est «l’organisation des programmes et des cours» qu’il faut maintenant discuter, débattre pour sortir avec une solution qui puisse satisfaire tout le monde, notamment les enseignants. Le porte-parole de l’Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation (UNPEF), Abdelouahab Lamri Zeggar, tout en mettant en avant que leur revendication première était la reprise de l’école dans le respect du protocole sanitaire, a déclaré que l’UNPEF a des propositions à émettre concernant l’organisation des cours et le programme scolaire. Ce sont des propositions que l’Union devra soumettre bientôt à la tutelle, dans le cadre des rencontres bilatérales que tient le ministère de l’Education nationale avec les différents partenaires sociaux.
Proposition de recruter des enseignants pour les doubles vacations
L’UNPEF propose que «les écoles du primaire où il y a une seule vacation devront avoir une double vacation, l’une le matin et l’autre l’après-midi. Pour les écoles à double vacation, il va falloir diviser les vacations pour que les cours soient dispensés un jour sur deux», a indiqué son porte-parole. L’UNPEF préconise que «le même principe soit appliqué au niveau des établissements du moyen et du secondaire». En fait, «tout dépend de la capacité de chaque établissement», selon M. Zeggar. Pour l’adaptation des programmes étant donné que la rentrée connait déjà un retard, il soutient qu’«il est important de ne baser que sur les leçons essentielles en adoptant le principe de la concision, la précision et l’authenticité. C’est un travail qui revient aux inspecteurs de l’éducation nationale».
Il restera la «problématique» du volume horaire des enseignants quand la double vacation sera appliquée. «Le volume horaire des enseignants ne doit pas changer mais rester le même», a soutenu M. Zeggar. Pour lui, «la proposition de la tutelle de travailler le samedi est une mesure qui épuisera les enseignants». Cela aura «forcément une répercussion sur leur rendement, alors qu’il vaut mieux assurer un bon rendement de nos enseignants», a-t-il affirmé.
C’est pratiquement les mêmes propositions au niveau du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest). Son coordinateur national, Meziane Meriane, estime qu’il y a «nécessité d’appliquer le protocole sanitaire et pour ce faire, il y a lieu de respecter la distance», d’où «des classes qui doivent être divisées en trois groupes et pas seulement en deux. Ce qui voudra dire une triple vacation».
Un problème se posera cependant, selon notre interlocuteur, car il n’y a «pas assez de salles de cours…». Cela va se répercuter sur «le volume horaire des cours qui sera alors diminué et sur le programme qui sera difficile à terminer. Ajouter à cela le trimestre de l’année dernière qui n’a pas été terminé non plus…». Pour lui, on devrait «réfléchir à recruter des enseignants, à changer de méthode d’enseignement pour avancer dans le programme». Il s’agit d’adopter «une méthode d’enseignement en adéquation avec le problème que l’on vit actuellement», a-t-il préconisé.
Pour la proposition de travail de samedi, «la parole est aux enseignants», a-t-il tranché. «S’ils veulent bien se sacrifier, sacrifier un jour de leur week-end durant lequel ils restent avec leurs familles… S’ils acceptent de travailler le samedi, pourquoi pas ? Personne ne peut rien leur imposer, ils sont tenu de faire un volume horaire, ils le feront. Le reste, à eux de décider. La parole leur revient», a soutenu Meziane Meriane. n