Les questions de financement des interconnexions stratégiques avec les réseaux de transport européen, du transport de l’hydrogène vert, de la maîtrise de la consommation nationale en énergie vont certainement se poser. Mais, avec la ferme volonté des parties algérienne et italienne à donner corps aux différents accords, les difficultés seront certainement surmontées.

Par Khaled Remouche
Les projets d’un nouveau gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie, d’un câble électrique sous-marin entre les deux pays, d’une extension du réseau national de transport en gaz naturel et l’augmentation des capacités de liquéfaction du gaz naturel ainsi que l’accompagnement de l’Algérie dans sa transition énergétique sont autant de projets stratégiques figurant dans les deux accords d’intention stratégiques signés par Sonatrach et la compagnie italienne ENI à l’occasion de la visite à Alger de la Présidente du Conseil des ministres italien.
Il convient de noter que ces deux arrangements sont des accords préliminaires. Ils doivent être suivis d’accords fermes pour espérer voir les travaux de réalisation de ces infrastructures de transport d’énergie lancés. Ce qui signifie que les équipes de Sonatrach et d’ENI vont travailler ensemble pour étudier les voies et moyens de concrétiser ces projets, soit avant tout la faisabilité technique et économique de ces réalisations, puis la question du financement de ces projets.
A cet égard, il convient de noter que Sonatrach a signé un grand nombre d’accords préliminaires, ces dix dernières années, sans qu’ils soient concrétisés.
Mais cette fois, il existe une forte volonté commune pour aller plus loin dans ce partenariat énergétique entre l’Algérie et l’Italie pour la concrétisation des projets en question. Il convient de rappeler ici que l’Italie est contrainte de recourir à d’autres fournisseurs de gaz, une conséquence de la guerre Russie-Ukraine.
Elle a trouvé en l’Algérie un fournisseur fiable qui peut contribuer de manière significative à la couverture des besoins en gaz de l’Italie. Pas seulement.
La partie italienne pourrait saisir l’opportunité de création d’un hub gazier en Italie destiné à alimenter l’Europe en énergie algérienne à travers le nouveau gazoduc et le câble électrique sous-marin.
Pour le premier projet, il s’agit vraisemblablement du gazoduc Galsi reliant El Kala à la côte italienne. Le chef de l’Etat, dans son intervention dimanche dernier, a indiqué qu’un accord a été trouvé avec la partie italienne pour réaliser un nouveau gazoduc en peu de temps entre l’Algérie et l’Italie et qu’il transportera également de l’hydrogène vert et de l’ammoniac bleu ou vert. Le câble électrique sous-marin passera par ce gazoduc Galsi, a ajouté le président de la République.
Question de timing, un spécialiste du domaine a indiqué qu’avec l’avancement de la technologie actuellement ce projet peut être réalisé en deux ans. Autre avantage, la partie on shore a été déjà réalisée.
Le GK3, le gazoduc reliant Hassi R’Mel à Skikda et El Kala est déjà achevé. Il a été conçu pour se joindre à la partie offshore, le gazoduc Galsi. Pour des raisons de marché, ce projet est resté en stand-by.
L’autre avantage du projet Galsi est de relier le réseau de transport algérien au réseau, ou futur réseau, européen de transport de l’hydrogène à travers les connexions futures qui seront implantées au sud de l’Italie.
Ce qui fait dire que l’Italie pourrait être un hub énergétique à partir des exportations de gaz naturel algérien et, dans une seconde étape, d’hydrogène vert et de l’ammoniac vert. La question est de savoir comment seront financés ces chantiers et si l’Union européenne compte retenir ces projets comme interconnexions prioritaires de l’UE, ce qui ouvre la voie à des financements européens et à des autorisations de transit de ces molécules algériennes.
La seconde problématique est celle du transport de l’hydrogène par canalisations. Selon un expert, l’utilisation d’un gazoduc à la fois pour transporter du gaz naturel et de l’hydrogène réduit la durée de vie du gazoduc. Cette problématique a été tellement prise au sérieux qu’une firme allemande est en train de réaliser un gazoduc pour le transport de l’hydrogène d’une centaine de kilomètres sur le territoire allemand pour tester son comportement. Dans la stratégie de Sonatrach, l’exportation d’hydrogène intervient dans une seconde phase. La question la plus importante est de savoir si l’Algérie dispose de quantités suffisantes de gaz à exporter pour jouer un rôle de leader en Afrique et dans le bassin méditerranéen sur le marché international du gaz et donc d’une capacité importante d’exportation non seulement pour approvisionner l’Italie mais également plusieurs nouveaux clients européens, et ce, quand on sait que la croissance de la demande domestique freine les exportations de gaz naturel. Pour le Président de la République, l’ENI, en partenariat avec Sonatrach, contribuera de façon significative à la croissance des exportations de gaz de l’Algérie. La réalité est que pour réaliser ces ambitions, il faudrait qu’en plus de l’ENI, d’autres compagnies européennes et tiers investissent dans l’amont algérien, surtout dans le développement, pour espérer augmenter de façon sensible et à moyen terme les exportations de gaz et donc de consolider la position de l’Algérie en tant que l’un des principaux fournisseurs de gaz de l’Europe. Dans une phase ultérieure, l’Algérie pourrait s’imposer comme une source importante d’approvisionnement du marché de l’UE en hydrogène vert eu égard à ses atouts : un coût de l’hydrogène vert moins cher, une infrastructure de transport déjà existante et une expérience dans la production d’hydrogène. <