L’accord entre l’Algérie et l’Italie pour renforcer les livraisons de gaz algérien vers l’Italie n’a pas tardé à produire son onde de choc en Espagne. A Madrid, l’inquiétude est montée d’un cran après que Sonatrach et son partenaire Eni ont acté, lundi, leur projet commun d’augmenter de 9 milliards de mètres cubes par an ces livraisons en 2023-2024, à travers une augmentation progressive qui sera déclenchée dès l’année en cours.

Par Feriel Nourine
L’accord aurait même mis en alerte le gouvernement espagnol qui craint que le supplément accordé par Alger à Rome ne se fasse au détriment des approvisionnements réservés à l’Espagne, en sa qualité de gros importateur de gaz algérien. Des diplomates italiens et espagnols ont entamé des pourparlers, a rapporté hier l’agence Bloomberg, citant des «sources proches du dossier».
«De hauts responsables espagnols et italiens ont discuté de l’accord gazier italien ces derniers jours et ont l’intention de se revoir plus tard ce mois-ci,» selon les personnes interrogées par la même Bloomberg.
Alors que l’Europe s’efforce de remplacer les sources d’énergie russe, suite à la situation de guerre en Ukraine, l’accord de l’Italie pour des volumes supplémentaires en provenance d’Algérie – l’équivalent d’environ 12 % de sa demande – est une étape importante vers l’atténuation de la dépendance à l’égard de la Russie.
Mais pareille accord n’est pas sans susciter des préoccupations chez la parte espagnole, d’autant que les relations algéro-espagnole traversent actuellement une étape de froid provoquée par le revirement sur la question du Sahara occidental exprimée récemment par le chef du gouvernement espagnol.
C’est donc dans une conjoncture marquée par des tensions à distance qu’intervient l’accord signé entre l’Algérie et son autre gros acheteur qu’est l’Italie. Cette opération a fait craindre au sein de l’industrie gazière espagnole un renforcement de la position de l’Algérie dans les pourparlers avec l’Espagne sur le dossier des prix, rapporte encore la même agence, ajoutant que des craintes espagnoles sont aussi formulées à l’égard de la capacité de l’Algérie de maintenir l’approvisionnement de l’Espagne. Un approvisionnement qui offre des avantages enviables à la partie espagnole, faut-il le rappeler.
Or, «le moment de l’accord Italie-Algérie arrive à un moment sensible pour l’Espagne», a déclaré Matteo Villa, chercheur principal à l’Institut italien d’études politiques internationales, cité par Bloomberg. Mais ce dernier constate que le contrat signé entre Sonatrach et Eni arrive à «un moment sensible» pour l’Espagne dont la compagnie énergétique Naturgy se trouve en pourparlers tendus avec Sonatrach sur la question des prix, alors que Madrid paie plus cher le GNL, notamment américain livré par méthaniers.
L’Espagne voit un risque que ses expéditions algériennes puissent diminuer et la possibilité que «le gaz actuellement destiné à l’Espagne soit détourné vers l’Italie», a-t-il soutenu.
La décision de l’Algérie d’augmenter le prix de son gaz vers l’Espagne, via la gazoduc Medgaz, a été confirmé en début de semaine par le gouvernement espagnol, lequel a fait part de négociations entre Sonatrach et son partenaire dans ce gazoduc.
En effet, la presse espagnole a rapporté que la troisième vice-président Teresa Ribera au sein du gouvernement a apporté cette confirmation, non sans exprimer son souhait pour «une augmentation modérée».
Intervenant sur la chaine de télévision espagnole TVE, Madame Ribera a souligné qu’«il relève de la responsabilité de la compagnie Naturgy de veiller à ce qu’il n’y ait pas une forte augmentation des prix».
La responsable espagnole a, à l’occasion, exclu tout lien entre les négociations sur les prix du gaz et la crise diplomatique que traversent les deux pays depuis la sortie hasardeuse du chef de gouvernement espagnole sur la question sahraouie. «Ces négociations sont liées au nouveau scénario énergétique international», a-t-elle expliqué, soulignant que «la révision des prix du gaz est une opération strictement commerciale entre entreprises».
Quant aux retombées que pourrait avoir le revirement espagnol sur la coopération gazière entre les deux pays, la ministre espagnole a déclaré que «la relation avec l’Algérie, qui est un pays fiable qui respecte ses engagements, nous semble assurée pour ce qui est de l’approvisionnement en gaz, selon les besoins et dans les conditions que l’Espagne achète depuis longtemps», affirmant que la confiance de l’Espagne dans le respect de ses engagements par l’Algérie est «totale». n