Par Nadir Kadi
Au moment où le gouvernement, sur instruction de la présidence, s’apprête à engager un bras de fer pour négocier de nouveau les clauses de l’accord d’association avec l’Union Européenne, le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal), Ali Bey Nasri, a soutenu hier que l’économie algérienne, sa fiscalité, mais aussi ses exportations, avaient été désavantagées depuis l’entrée en vigueur de l’accord en 2005. Le responsable reste très critique sur la pertinence des argumentaires «d’équilibre» ou de «collaboration» affichés par ce type de traités : «Comment peut-on avoir un accord équilibré entre un pays en voie de développement et la première puissance économique du monde, l’UE ?» Il a en ce sens invité les futurs négociateurs algériens à privilégier une approche plus globale avec l’UE : «Pour moi, il s’agit de revenir à l’esprit du processus de Barcelone (1995), il permettait un accord global, à la fois économique et commercial, mais aussi socioculturel et sécuritaire.»
Accord d’association avec l’UE qui avait nécessité de longues négociations dès 1998 avant sa ratification en 2002 puis, entré en vigueur le 1er septembre 2005 ; le bilan, 16 ans plus tard, serait ainsi largement au détriment de l’économie algérienne, explique en substance Ali Bey Nasri : «Depuis l’entrée en vigueur, l’Algérie a enregistré près de 30 milliards de dollars de pertes fiscale (…) Des erreurs d’appréciation ont été faites par ceux qui ont négocié, notamment en abaissant le taux moyen pondéré des droits de douane.» En clair, ajoute le président de l’Anexal, «on a baissé les droits de douane alors que l’intérêt aurait été de les augmenter. La moyenne des droits de douane était de 32%, elle est passée à 18% après l’accord».
Quant aux conséquences sur l’exportation des produits et services algériens sur le marché européen, le président de la structure professionnelle souligne en substance que les termes de l’accord d’association n’ont pas toujours été respectés par la partie européenne. Ainsi, en réponse à une question sur l’exportation de l’électricité qui avait été envisagée en 2015 par la Sonelgaz, Ali Bey Nasri explique : «L’accord dans son volet énergie et mines, et plus précisément dans son article 61, prévoit l’interconnexion avec le réseau européen mais cela avait été empêché (…) Ce qui est à notre avantage n’a pas été appliqué, ce sont des faits (…) Nous sommes très loin de l’esprit de partenariat.».
Autre obstacle à l’exportation vers l’UE, mis en avant hier par Ali Bey Nasri, les innombrables normes et directives : «A titre d’exemple depuis le 21 avril, les produits algériens contenant des œufs ne rentrent plus sur le marché de l’UE (…) Ils ont imposé un plan de surveillance des résidus de pollution, sans jamais nous aider à le mettre en place. Le résultat est que les quelques produits que nous avions réussi à exporter sont aujourd’hui interdits.»
Nouvelles négociations avec l’UE qui est ainsi «souhaitable» et possible dans le cadre même de l’accord, en faisant notamment valoir une situation d’exception ; le président de l’Anexal explique que «l’article 11, confirmé par l’article 40, précise qu’en cas de difficulté grave de la balance des paiements, l’Algérie peut demander des mesures de sauvegarde». Et l’histoire récente prouve, pour le responsable, que l’Algérie est en mesure d’invoquer cette situation pour lancer une démarche de renégociation : «En 2010, nous avions renégocié l’accord, c’était à la suite de la crise des subprimes de 2008, de la réduction des exportations en 2009, quand le baril était à 35 dollars… Nous avions donc demandé un réaménagement de l’accord et un report sur trois ans.» Quant à la vision de l’idée directrice qui doit prévaloir aujourd’hui dans la relation Algérie-UE, selon Ali Bey Nasri : «Il faut aller vers les fondements, c’est-à-dire définir les filières possibles pour des programmes d’écodéveloppement», avant d’ajouter : «Autrement, si on se limite à la partie purement commerciale, je suis de ceux qui diront qu’il vaut mieux invoquer l’article 107, c’est-à-dire de renoncer purement et simplement à cet accord (…) On pourra alors négocier directement avec l’OMC et nous n’aurons pas de ‘référents’. Aujourd’hui, nous sommes, en effet, contraints de faire les mêmes concessions à l’OMC que celles que nous avions accordées à l’UE, ce qui est excessif.»
Cependant, et tout en ouvrant la porte à une remise en cause du bien-fondé de l’accord tel qu’il se présente aujourd’hui, Ali Bey Nasri regrette également que l’Algérie se soit laissée «imposer» certains articles et n’a pas mis à profit les précédents délais et précédentes re-négociations pour renforcer son économie. «…Tout cela n’a pas suffi. Nous n’avons pas su mettre en place une économie, une industrie, permettant de passer à l’offensive d’aller vers l’alternative hors pétrole».
Et dans cette logique, le président de l’Anexal reconnaît qu’une partie du problème est également en Algérie. «Nous avons aussi des mesures à prendre en interne, nous devons améliorer le cadre, l’attractivité. Nous avons des mesures à prendre pour libérer l’économie, tout cela est du ressort de l’Etat». <