La Bibliothèque nationale d’El Hamma abrite, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à demain, sous l’égide du ministre de la Culture, Azzeddine Mihoubi, les premières «Rencontres annuelles Méditerranée Afrique des jeunes écrivaines» (RAMAJE).

Cet événement, le premier du genre, sera dédié à la création littéraire au féminin et au sens le plus large du terme. Outre la quarantaine d’écrivaines algériennes prévues au programme, des professionnelles du livre, telles que les éditrices, sont également attendues pour un débat pluriel qui portera autant sur la création littéraire féminine que sur les métiers du livre et de l’édition dans le contexte difficile et cependant prometteur que l’on sait. Jamais les difficultés de l’édition n’ont été aussi nombreuses et complexes, jamais il n’y a eu autant de jeunes maisons d’édition qui se battent pour publier des livres de qualité et de contenus divers. Toutes les participantes auront à croiser leurs regards et leurs expériences dans le livre sous le sceau de l’hommage consacré à la romancière et psychiatre algérienne Yamina Mechakra, disparue en 2013 et auteure du célèbre roman « La grotte éclatée», texte de 1978 salué par Kateb Yacine dans une préface mémorable. Cet hommage sera l’occasion de créer un nouveau prix littéraire qui portera son nom. Annoncée au programme, mais dont la présence n’était pas encore confirmée hier, Faïza Guène, connue pour ses romans et surtout pour son Bestseller «Kiffe Kiffe demain», traduit dans vingt-six langues, est présentée par les organisateurs des rencontres comme l’invitée d’honneur de cette manifestation. A ses côtés, d’autres figures en vue seront également de la partie comme Lynda Chouiten, Amal Bouchareb, Neciba Attalah, Hanane Bouraï, Malika Fecih ou encore Lynda Handala. Ces auteures animeront une rencontre sur le thème de la liberté dans l’œuvre littéraire, entre autres, alors qu’une autre table ronde sera consacrée aux récits croisés de femmes professionnelles du livre. Elles aborderont les questions de la traduction et de l’édition ainsi que de toutes ces activités dont on ne parle pas souvent mais dont l’importance est vitale dans ce qu’on appelle la chaîne de l’édition. Rabia Djelti, Meriem Merdaci, Asia Baz, Selma Challal, Yasmina Brihoum ou encore Samira Bendris et Sandra Triki sont annoncées par le programme officiel, mais il est possible que des changements aient lieu ce matin, selon nos sources . Parmi les maisons d’édition présentes, il y aura, a-t-on appris, les éditions du Champ libre, El Kalima, Mim, Dalimen, Anep, El Ibriz, Apic ou encore Enag. Le témoignage de leurs représentantes respectives sera précieux pour comprendre le rôle et le poids des femmes dans l’édition dans notre pays, ainsi que les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Les parcours d’autres auteures, comme Lynda-Nawel Tebbani, Amira-Géhanne Khalfallah, Saliha Laradji, Ouarda Cherifi, Lynda Koudache ou Naïma Guerziz, serviront tantôt d’accompagnement tantôt de prolongement aux discussions sur la particularité ou pas d’être femme en littérature et dans l’édition en Algérie, avec des fenêtres ouvertes sur la Méditerranée et l’Afrique, deux lieux et deux espaces dont nous faisons partie mais que nous ne connaissons pas suffisamment, et au sein desquelles s’inscrit une petite part de l’avenir de l’édition. Coopération et échanges obligent ! Concernant les ateliers prévus, un d’entre eux sera consacré à «La place de la littérature de l’ailleurs dans le programme universitaire algérien», un sujet d’actualité pour rappeler que l’universitaire demeure un champ de la réception et de la critique littéraire par excellence. Un champ dont les acteurs devraient aujourd’hui renouer avec l’expression publique, selon les observateurs. En effet, de moins en moins d’universitaires s’aventurent aujourd’hui dans la critique de presse et c’est dommage, non seulement pour l’université dont la vocation est en partie de «socialiser» la création littéraire, mais aussi pour les auteurs, qui ont besoin d’être lus et valorisés par des «avis» autorisés, et également pour la presse qui est plus que jamais dans le besoin de renouer ce lien perdu avec le monde universitaire et d’avoir des contributions de qualité, comme cela se passe ailleurs dans le monde. Pour ces deux ateliers, des noms comme celui de Malika Laïchour, Yasmine Chouikh, Ghania Seddik, et Malika Madi sont également annoncés, notamment pour aborder aussi le thème de l’adaptation de roman au cinéma.
Un autre atelier sera réservé à la bande dessinée et au manque d’enthousiasme que ce neuvième art suscite chez les éditeurs, hormis quelques-uns à l’image des éditions Dalimen, dont la propriétaire est la principale organisatrice des Ramaje,qui seront agrémentées d’une librairie ouverte au public et destinée à faire croiser lecteurs et auteures.
En deuxième journée des rencontres, il sera procédé au lancement du nouveau prix littéraire Yamina Mechakra. Il sera attribué par un jury exclusivement féminin présidé par Rabia Djelti pour la langue arabe, Lynda Koudache pour Tamazight et Maïssa Bey pour la langue française. Les organisateurs soulignent, à propos de cette initiative, qu’ils ont l’ambition d’en faire «une plateforme incontournable de la réflexion autour du féminin dans la littérature en Algérie et en dehors de nos frontières»