La librairie L’arbre à dires, d’Alger, a organisé, samedi dernier, une rencontre littéraire, avec l’écrivain Mahieddine Khelifa autour de son roman intitulé «Histoire d’une famille juive en terre d’islam», publié en 2016 aux éditions Gaia, suivie d’un débat qui a duré près de deux heures avec la cinquantaine de lecteurs présents.

Lors de cette rencontre, le romancier, avocat de profession, a abordé plus particulièrement le cheminement d’idées l’ayant conduit à la rédaction d’un texte oscillant entre le réel et une très large dose d’imaginaire. Le point de départ étant une réflexion sur les nombreuses similitudes entre les langues amazigh, araméenne, arabe et hébreu.

En effet, à travers son récit retraçant le parcours d’une famille de confession juive ayant émigré sur plusieurs générations du sud du Maroc vers la ville d’Alger, l’auteur abordera également certains aspects de la religion juive, en tête desquels le concept de monothéisme. Expliquant, ainsi à propos de son texte, que «c’est un roman historique. Il commence dans la ville Sijilmassa au 12e siècle (…) l’idée est de raconter l’histoire d’une famille juive à l’époque de la conquête Almohade qui ne tolérait pas l’existence d’autres religions que l’islam. C’est ainsi que cette famille se déplace à Fès puis, à travers les siècles, à Tlemcen et à Alger, à l’époque ottomane. Mais j’aborde aussi la période après 1962».

Il précise plus spécialement, à propos de ses constats sur les langues, que ses recherches l’ont notamment conduit à se pencher sur les travaux de Jean-François Champollion, ainsi que l’origine des noms tels que le nom même de l’Egypte en arabe, ou le nom du plus célèbre pharaon Ramsès. «J’ai fait un rapprochement entre le berbère, la civilisation égyptienne et Champollion qui, à l’âge de vingt ans, connaîssait déjà le perse et l’arabe, a eu le génie et l’intuition de se poser des questions sur le nom Ramsès» souligne l’auteur en précisant qu’en «inversant ainsi le nom écrivant Miss-Râ, Râ étant le nom du dieu soleil» , il s’est dit que «miss» avait un rapport avec la filiation, «et c’est une idée que tous les berbérophones comprendrons».

Son ouvrage attire par ailleurs l’attention en évoquant l’histoire de la présence religieuse juive en Afrique du Nord, un passé souvent occulté, et que l’auteur fait remonter à l’épisode biblique de la sortie d’Egypte, estimant que «si les juifs ont immigré vers l’est à travers le Sinaï, il est tout à fait possible qu’ils se soient également enfuis vers l’ouest».

Mahieddine Khelifa, dont l’ouvrage est actuellement disponible en libraire, au prix de 1 100 DA, fera par ailleurs savoir que, récemment, lors des différentes rencontres dans le cadre de son travail d’avocat, que cela l’avait conduit à s’intéresser davantage à cette communauté religieuse. «Ce fut dans le cadre de ma profession d’avocat que j’ai eu l’idée de l’écrire. En fait, j’avais entendu auprès de collègues l’histoire d’une femme qui avait fait une demande de divorce parce que son mari lui demandait tous les samedis de sortir. Et elle aurait par la suite découvert que sont mari, en compagnie d’autres personnes, pratiquait une religion dans une langue qu’elle ne comprenait pas qui en fait était l’hébreu.

Bien sûr je ne sais pas si cette histoire est vraie. Mais cela a été le déclic, pour faire des recherches sur le sujet et l’envie d’écrire ce roman sur une partie occultée de notre histoire».