Rencontre hebdomadaire devenue incontournable « l’Agora du livre », animée par Abdelhakim Meziani et organisée chaque mardi à la librairie « Media Book », a fait le choix cette semaine de se consacrer entièrement à un débat sur la poésie.

Les textes poétiques, la place qu’accorde le champ éditorial à la poésie, mais également aux trop rares auteurs qui font vivre cette forme d’expression étaient ainsi au centre de cette rencontre.
Dans cet esprit, deux poètes, Rachid Rezagui et Lamia Daho ont été invités à partager leurs expériences mais aussi à faire part du « pourquoi ? » derrière leurs travaux. Les deux auteurs illustrant par ailleurs, de par leurs parcours et centres d’intérêts, deux générations, deux langues de prédilection, et certainement deux visions du monde, ayant tout deux publié au cours de ces dernières années, aux éditions Enag en arabe pour Lamia Daho et chez El Dar El Othmania en français pour Rachid Rezagui.
La rencontre, qui a attiré un public important et « fidèle » de la librairie, a néanmoins débuté par le constat d’un relatif désintérêt du champ éditorial pour la poésie ; Abdelhakim Meziani, en rappelant que le but de la rencontre est de «prendre le contre-courant du sort qui est réservé à la poésie », expliquera sa vision de la situation en notant en substance que la poésie est aujourd’hui encore considérée comme le « parent pauvre » pour les éditeurs algériens.
La publication de recueil dépendant généralement de la disponibilité de subvention, « le plus souvent quant un éditeur publie de la poésie, cela s’explique soit par l’appât du gain (…) de la possibilité d’obtenir une subvention distribuée dans le cadre de tel ou tel festival ou manifestation culturelle».

Une passion considérée comme le parent pauvre de l’édition
Situation également rencontrée par les deux poètes et auteurs, Lamia Daho nous précisant ainsi en marge de la rencontre avoir eu des «difficultés» et « désaccords » avec certaines maisons d’éditions. Il est néanmoins apparut au fil de la discution avec les invités de « l’Agora » que leur motivation première restait « la passion ». Rachid Rezigui, qui présentait le recueil intitulé « Sur le chemin des loups », notant en ce sens qu’il était « revenu » à sa passion pour « l’écriture de poésie et à la chanson » après une carrière de 50 ans dans les ressources humaines. Il souligne que son ouvrage est préfacé par Djoher Amhis-Ouksel, une « écrivaine militante, pédagogue et un exemple à suivre à qui on ne saurait exprimer toute notre gratitude », dira-t-il. Il ajoute que son recueil de poésie est notamment un moyen d’exprimer sous forme de poèmes les sentiments que lui inspire le quotidien, la société, la politique ou plus généralement « les expériences d’une vie ». Il enchaîne : « Mes écrits poétiques sont engagés (…) mon premier recueil abordait les années 1990, une période qui a déclenché en moi un jaillissement de mots. Je crois que tous les Algériens en ont été victimes », estimant que «perdre un frère, un fils, un ami, ou voir un citoyen périr devant soit ou à des milliers de kilomètres fait de vous une personne concernée. Tout ce qui est injuste, violent, douloureux, touche immanquablement l’être humain ».
Son dernier recueil de poésie, largement illustré de dessins et peintures signés de l’artiste Karim Sergoua, aborde en ce sens la situation du pays, l’un des poèmes « Moi, président », écrit en 2012, étant « inspiré par une certaine élection présidentielle. Je me demandais à quoi devrait ressembler un président algérien. Pour moi, il devrait être tourné vers l’enfance, le continent africain, son peuple… autrement il ne saurait être représentatif ou utile à notre avenir », confie Rachid Rezagui.
Quant à Lamia Daho, jeune écrivaine et poète, qui a présente mardi dernier deux ouvrages en langue arabe, un premier recueil de poésie sorti en 2017 et dont le titre pourrait être traduit par «Mon écrit a été menacé de mort », et un second recueil publié en 2019, dont le titre pourrait être traduit de l’arabe par « Une morte encore en vie ». Elle nous présente sa poésie comme un « retour d’expérience » de son quotidien, de ses peines et de ses joies, mais aussi de ses lectures et réflexions.
La jeune poète et écrivaine nous explique avoir « rencontré» les livres à l’âge de 12 ans « grâce à mon oncle qui m’a fait découvrir le Salon du livre. Je crois qu’au début, c’était pour moi une sorte de balade, puis je me suis intéressée à la lecture, à l’achat de livres, à la fréquentation des bibliothèques ». Elle ajoute lors de la discussion que sa poésie est un message aux lecteurs et plus encore à la jeunesse algérienne. Elle déclare à ce sujet que «mon écrit est un message à tous les jeunes algériens, je leur dis d’étudier, de s’appliquer et de se battre pour leurs objectifs et faire connaître leur talents… c’est à mon sens le meilleur chemin pour former une personnalité ».<