Les matinées du 8e Festival international du film d’Alger (Fica), dédié au film engagé, ont débuté, hier, avec la rencontre-débat animée par le réalisateur suisse Nicolas Wadimoff, qui a présenté, vendredi passé, à l’ouverture du festival, son documentaire

«Jean Ziegler, l’optimisme de la volonté». Lors de cette rencontre à la salle El Mougar, dans le cadre du 8e Fica, le réalisateur a échangé, hier, avec les présents sur le processus créatif du documentaire consacré au parcours, à l’engagement et aux combats politiques de Jean Ziegler. Il abordera à ce sujet différentes approches techniques, telles que les plans où il fallait composer avec la chorégraphie des corps. Mais aussi la liberté de filmer et de tourner sans censure ou encadrement. En précisant : «Je refuse de faire un film avec une escorte sécuritaire ou en étant limité dans mes mouvements et mon approche de cinéaste.» Concernant la thématique de l’engagement, Nicolas Wadimoff confie au présents, auxquels est dédié le film, qu’«en tant que cinéaste, je pense que je vais plus vers un engagement profond mais en étant dans la poésie que dans une militance acharnée». 

Précisant que «c’est ce que j’ai essayé de faire avec mes films précédents. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on peut lire tout ce qu’on veut. C’est un des avantages de la révolution numérique et que ce n’est pas au cinéma de prendre en charge de former les gens politiquement. Je ne suis pas là pour l’efficacité politique et l’éveil des consciences, moi, je ne fais pas du cinéma pour cela je fais plus de films pour éveiller les sens et la réflexion». Il explique sa vision de l’engagement en soulignant : «Je pensais que l’on pouvait, changer le monde par l’engagement quand j’avais 20, 30 ans, et même à 40 ans, mais, aujourd’hui, que j’ai un peu plus de 50 ans, je le pense un peu moins.» En expliquant : «Aujourd’hui, je suis arrivé à l’idée que plus que la fin, ce qui compte c’est le voyage et le chemin parcourus. Je suis même arrivé à l’idée aussi, qu’il n’y a rien de plus beau, ce qui compte ce sont les combats menés debout, même perdus. J’aime les perdants magnifiques.» Précisant à ce sujet qu’«il vaut mieux perdre magnifiquement que gagner misérablement».
Sur le ton de la confidence, le réalisateur suisse dira à ceux qui sont venus à la salle El Mougar : «Je suis un peu un éternel romantique. Jean Ziegler par médias interposés me qualifie en toute affection d’«anarchiste romantique» et, lui, se qualifie de «soviétique primaire». Et cela me va assez bien.» Concernant son objectif à travers la réalisation de ce documentaire, il déclare : «J’avais envie que le film laisse une trace sur son combat. J’ai un profond respect pour son engagement, pour sa loyauté et la persistance de son combat, que pour son idéologie en tant que tel.»
Une approche à travers un regard sincère et honnête, filmant Ziegler dans son intimité mais aussi dans ses rencontres avec ses sympathisants et avec la nouvelle génération de ceux qui s’engagent dans le combat face à des puissances encore «plus habiles, plus féroces et plus cyniques» dans l’espoir que «l’humain tende inévitablement vers l’humanisme».
Répondant à une question sur le fait qu’Alger et le rapport avec l’Algérie soient un passage court dans le film, le réalisateur suisse explique que c’est une question de contraintes pratiques. La séquence avait été tournée lors du Sommet des non-alignés et l’emploi du temps avait été très chargé pour Ziegler dans un cadre officiel. Il était prévu un autre passage à Alger mais cela n’avait pas été possible pour une question d’agenda. Nicolas Wadimoff ajoute à ce sujet : «J’aurais aimé de faire d’Alger le territoire et le cœur de ce film mais, hélas, cela n’a pas été possible pour des raisons pratiques.» En confiant : «J’aime profondément Alger, c’est une ville qui a quelque chose de particulier qui donne envie d’y rester. Je me sens profondément bien et je rêve d’y revenir.» Il explique aussi que son rêve était également qu’une partie du film se déroule à Tindouf et au Polisario (République arabe sahraouie et démocratique). «Ces territoires incarnent les fantômes des révolutions arabes des années soixante-dix. Un territoire oublié par le reste du monde alors qu’il est toujours victime de la colonisation et de tous les trafics».
Il expliquera que pour des raisons pratiques mais aussi sécuritaires cela n’a pas été possible. Au final, l’ancien étudiant de Jean Ziegler, répondant à une question sur la réaction du sociologue, militant et humaniste suisse, lorsqu’il a visionné le documentaire pour la première fois : «Ça, c’est formidable ! Ça c’est une arme de combat politique !»

Nicolas Wadimoff
Producteur et réalisateur, né en 1964 à Genève, ses débuts dans l’art ont commencé avec le rock, en tant que guitariste. Après des études de cinéma à Montréal, jusqu’en 1990, il tourne son premier film, « Le Bol », sur une soupe populaire de Genève. L’année suivante, il réalise « Les Gants d’or d’Akka », sur un boxeur palestinien. La dénonciation des injustices et la cause palestinienne deviendront d’ailleurs des thèmes importants de ses productions nombreuses et percutantes. En 2009, il a cosigné le documentaire « Aaïsheen, still alive in Ghaza ». Toujours attaché au documentaire, il a réalisé aussi plusieurs longs métrages de fiction comme « Opération Libertad » (2012), sélectionné à Cannes. Lauréat de plusieurs prix, il ne conçoit son cinéma que dans l’engagement.