A l’occasion de la parution de «Âan ikhwanouna al-jarha», la traduction arabe signée Salah Badis du roman «De nos frères blessés» de Joseph Andras, une rencontre a eu lieu avant-hier au café littéraire Le Sous-Marin pour revenir sur le parcours de Fernand Iveton, le remarquable roman qui est lui a été consacré et la belle traduction qui vient de paraître aux éditions Barzakh.

Le Café littéraire Le Sous-Marin a abrité, samedi dernier, une rencontre de présentation de la traduction arabe, par le poète, journaliste et traducteur Salah Badis, du roman «De nos frères blessés» de Joseph Andras, qui vient de paraître aux éditions Barzakh – le roman en langue française a paru en 2016 en Algérie aux éditions Barzakh et en France aux éditions Actes Sud. Cette rencontre autour du roman qui a reçu le Goncourt du Premier roman que l’auteur a refusé et qui s’intitule en arabe «Âan ikhwanouna al-jarha», a été animée par Salah Badis ainsi que par les journalistes Saïd Djaâfar et Omar Zelig. Elle a été une occasion de revenir sur le superbe roman de Joseph Andras consacré à celui qui est resté «dans l’Histoire comme le seul Algérien d’origine européenne guillotiné de la guerre d’Algérie», comme le précise l’éditeur. Le roman «relate l’arrestation, l’interrogatoire, la détention, le procès d’Iveton, ouvrier communiste anticolonialiste rallié au FLN», condamné à la peine capitale et exécuté le 11 février 1957. Il évoque également «son enfance dans son pays, l’Algérie, et s’attarde sur sa rencontre en France avec Hélène, qui deviendra son épouse». Selon Saïd Djaâfar, «à travers ce livre, on recommence à connaître qui est Iveton, son statut et sa fierté d’ouvrier, et le lien avec celle qui va devenir sa femme… [Joseph Andras] est un écrivain qui a redonné vie à Iveton, un personnage qui est totalement dans le dépassement. C’est un personnage remarquable qui est raconté de manière remarquable par un grand écrivain». Et de souligner que «la force de la littérature est de redonner vie à l’Histoire». De son côté, l’auteur de la traduction a rappelé que ce livre paru en 2016 aborde la guerre de Libération nationale sous un prisme «individuel» : «C’est l’histoire d’un destin individuel», a-t-il dit. Et d’ajouter : «J’ai appris que les éditions Barzakh cherchaient à traduire ce texte et ça m’a intéressé», a-t-il indiqué. Sur Fernand Iveton, Salah Badis signalera qu’il avait lu son nom dans les romans de Rachid Boudjedra, or dans la presse, «il est souvent qualifié d’ami de l’Algérie alors qu’il a été guillotiné pour l’Algérie». De son côté, Omar Zelig a souligné que «l’auteur fait partie de cette nouvelle génération de français qui ont eu envie de travailler sur la guerre de Libération. En effet, des auteurs comme Laurent Mauvignier, Jérôme Ferrari, Alexis Jenni et Joseph Andras ont produit des textes qui reviennent sur cette histoire-là, sentant sans doute beaucoup de choses sont encore à dire et à écrire sur ce sujet. Concernant la traduction, Saïd Djaâfar a estimé qu’elle est «bien faite, que les choix artistiques du traducteur sont justifiés et qu’on retrouve en arabe la musique du roman». Salah Badis a soutenu qu’«avec Andras, la langue est vraiment inhabituelle dans certains passages ; il avait sa langue, sa poésie. Face à une écriture pareille, on a deux choix : soit on va dans le cliché ou alors on suit la musicalité de l’auteur et sa poésie. J’ai opté pour le deuxième choix qui est un peu risqué, mais il y a toujours un risque avec la langue ; c’est un travail de sculpteur». Sur ses choix de traduction, il soulignera notamment que sa préférence de «jarha» au lieu de «majrouhine» pour la traduction de «blessé» relevait du fait que le terme «jarha» renvoie à une «blessure symbolique». Salah Badis a expliqué la «capacité de la langue arabe à intégrer plusieurs concepts et à accepter plusieurs sens».n