Le Président de la République a accentué ses interventions médiatiques ces derniers jours en recevant pour une deuxième rencontre les médias nationaux mais aussi en accordant des interviews à des médias étrangers.

Face à quatre directeurs de journaux algériens, M. Tebboune a poursuivi sa série de rencontres périodiques avec les médias nationaux durant laquelle il déclinera sa feuille de route donnant des éclaircissements sur les différents aspects de la vie nationale et internationale. Il déclinera le mode de gouvernance idéal, disant qu’il avait une préférence pour un mode alliant régime présidentiel et régime parlementaire, «un régime accordant de larges prérogatives aux élus et consacrant le contrôle», précisant toutefois, qu’il sera pour le régime choisi par le peuple dans le cadre du prochain amendement de la Constitution. Évoquant les contraintes à la performance du régime parlementaire, le président Tebboune soulignera que «le régime parlementaire exige des fondements et des partis forts, ainsi qu’une solide organisation politique», en sus «d’une expérience ancrée en matière de démocratie». M. Tebboune rappellera à cet égard que le régime parlementaire «n’a pas réussi dans les pays arabes et d’Amérique latine, mais plutôt dans les pays anglo-saxons, qui ont des traditions démocratiques comme la Grande-Bretagne». Concernant le régime présidentiel, le président Tebboune citera les expériences ayant déjà démontré l’inefficacité de ce mode de gouvernance consacrant «l’autocratie», et de ce fait, dira-t-il «je préfère allier les deux régimes pour sortir avec un système que certains appellent semi-présidentiel ou semi-parlementaire», mais le plus important «c’est de sortir avec une Constitution consensuelle aux yeux de tous les Algériens». Par ailleurs, et concernant l’Algérie toujours, M. Tebboune a estimé que «la propension générale est au régime présidentiel». Tebboune a tenu, dans ce contexte, à réaffirmer que la révision constitutionnelle ne portera pas sur les constantes, soulignant que «tout le reste, ce sont des variables qui peuvent être révisées» pour sortir, au final, avec une Constitution qui mettra un terme à «toutes les expériences amères et toutes les dérives que nous avons vécues». Abordant la séparation des pouvoirs, le Président a relevé qu’elle est consacrée dans la Constitution actuelle, mais «pas respectée», notant, à ce propos, que le Conseil constitutionnel actuel «est limité dans son action, car désigné, d’où la réflexion d’instituer une Cour constitutionnelle élue et de mettre en place des mécanismes lui assurant la liberté de statuer dans les conflits entre pouvoirs».
La priorité
de l’édification
d’un Etat nouveau
Répondant à une question relative à la corruption, le Président Tebboune estimera que «c’est un cancer qui, en dépit des traitements, peut cacher plus qu’il n’en apparaît», estimant que «la petite corruption nuit davantage au citoyen que la grande corruption n’affecte le Trésor public car la première touche directement la poche du citoyen, qui souffre déjà de la baisse de son pouvoir d’achat, et qui se trouve contraint de payer pour obtenir ses droits». D’autre part, le Président a mis en garde contre toute entrave à un investisseur quelconque dans le domaine de la transformation du produit national, précisant que «des sanctions sévères seront appliquées dans ce sens, car l’objectif actuel est de créer une industrie nationale avec nos propres moyens pour réduire l’importation». Le chef de l’Etat considérant, néanmoins, que «la priorité pour l’heure est d’ordre politique et organisationnel pour l’édification d’un Etat nouveau, avant les réformes dans le restant des domaines». Le président a réitéré son engagement à accorder périodiquement des entrevues aux médias nationaux «en fonction des circonstances et des nouveautés», estimant que «l’information juste permet d’éviter les fausses interprétations et les rumeurs», invitant les journalistes à informer plutôt que de verser dans le commentaire. Le Président a également accordé une interview au journal français le Figaro. Il s’agit de la première entrevue du président à un média étranger depuis son élection. Une interview dans laquelle Tebboune dévoilera ses objectifs pour sortir de la profonde crise qui secoue le pays depuis un an. «Je suis décidé à aller loin dans le changement radical pour rompre avec les mauvaises pratiques, moraliser la vie politique et changer de mode de gouvernance». «La corruption et l’accumulation d’argent sale ne s’effacent pas avec du corrector. La tête de la mafia a été coupée, mais pas le corps. De l’argent sale circule encore. Chaque jour, de nouveaux responsables, des pseudos hommes d’affaires se retrouvent devant la justice. Les fondements de l’État algérien doivent être sains. Ce qui nous attend est bien plus grand que les travaux de Sisyphe. Nous sommes en train de reconstruire, mais ça va prendre du temps. Aucun État moderne ne s’est bâti en une génération», dira-t-il. Il a également accordé une interview pour la télévision russe RT où il dira que «c’est le peuple qui a sauvé le pays, le Hirak a sauvé l’État algérien de l’effondrement». n