La rencontre littéraire, «l’Agora du livre» de la librairie Média Book, à Alger, a accueilli, mardi dernier, les universitaires Nawel Krim, Youcef Immoune et Abdelhamid Bourayou, pour un hommage à Rachid Mimouni, à l’occasion de la commémoration du 25e anniversaire de son décès, à travers la présentation de l’ouvrage collectif «Rachid Mimouni, écriture de la subversion» publié par les éditions ENAG (Entreprise nationale des arts graphiques) en 2014 et qui et toujours disponible en librairie.

Cet ouvrage a été rédigé sous la coordination du docteur Nawel Krim, avec les contributions de chercheurs issus des départements de français des universités d’Alger et d’Oran. Lors de cette rencontre, animée par Abdelhakim Meziani, il a été mis en exergue le fait que Rachid Mimouni, est considéré comme l’un des plus «grands écrivains algériens des années 1980», auteur entre 1978 et 1995 de certains des textes «les plus percutants, les plus critiques, les plus vrais, mais aussi les plus captivants de l’histoire de la littérature algérienne», expliqueront tour à tour les trois intervenants et contributeurs invités par la librairie. A propos des textes de cet ouvrage que l’on pourrait également, qualifier de recueil de communications scientifiques analysant le fond, la forme mais aussi le souvenir que l’on conserve de l’œuvre de Rachid Mimouni, le professeur Youcef Immoune explique que «l’idée de départ aurait été d’arriver à des nouvelles lectures de ces textes, en mettant en avant l’excellence de l’écriture romanesque de Rachid Mimouni et le caractère militant de ses réflexions qui nous parlent aujourd’hui encore». Cet ouvrage est ainsi construit sur sept contributions, notamment signées de Hacène Arab, qui analyse le personnage du célèbre roman «Tombéza», un homme au parcours inspiré du réel et qui conduit le lecteur dans un «monde étrange et nauséabond», ou encore une contribution de Aziza Lounis qui propose une lecture de l’évolution des textes dans la trilogie «Le fleuve détourné», «Tombéza» et «l’Honneur de la tribu» en soulignant qu’il s’agit de «trois actes qui réunissent les éléments de la tragédie post-indépendance». Dans la présentation de cet ouvrage, il est également rappelé que l’impact du legs littéraire de Rachid Mimouni est traité à travers le texte intitulé «Rachid Mimouni dans le discours en circulation via internet» proposé par le professeur Youcef Immoune.
Lors de cette rencontre, les spécialistes de l’œuvre de Rachid Mimouni mettront également en exergue le fait que l’écrivain algérien aura fait «évoluer» son écrit tout au long de sa carrière. «Il creusait davantage les sujets, il allait plus loin», explique Nawel Krim, ajoutant que par exemple «entre les romans ‘‘Le fleuve détourné’’ et ‘‘Tombéza’’, on remarque que les personnages sont plus développés». Elle met ainsi en exergue le fait que «le premier, nous avons une victime, puis dans «Tombéza», le personnage est à la fois victime et bourreau, c’est entre les lignes une critique qu’il faisait à la société. Il nous disait que cet état de déliquescence ne vient pas de nulle part, nous sommes tous des «Tombéza», nous avons tous une responsabilité». Rencontre ayant par ailleurs été l’occasion de poser la question de la promotion des textes de l’oeuvre de Rachid Mimouni, en expliquant que les problématiques qu’il soulevait dès les années 1980 étaient malheureusement toujours d’actualité.
La coordinatrice de l’ouvrage collectif «Rachid Mimouni, écriture de la subversion», la doctoresse en littérature Nawel Krim, nous confie en marge de la rencontre que l’un des principaux traits qui caractérise le plus l’œuvre de Rachid Mimouni pour les lecteurs, est «cette capacité de lire et analyser la société algérienne, de mettre des mots sur ses failles, ses silences…» Elle enchaîne en soulignant que cela s’explique avant tout du fait que «Rachid Mimouni vivait avec le peuple, dans les même conditions. Il n’était pas un auteur déconnecté des réalités de la société et c’est d’ailleurs pour le peuple qu’il écrivait». L’écrivain sera néanmoins contraint à l’exil durant les années de terrorisme, «après que sa famille ait été menacée» et il «est mort de chagrin pour son pays».
Elle nous annonce également la sortie prochaine d’un nouvel ouvrage dédié a l’écrivain aux éditions Frantz-Fanon. «Il sera très différent au sens où nous interrogeons le texte de Rachid Mimouni à partir des grilles de lecture d’aujourd’hui, avec tous les bouleversements sociopolitiques que l’on connaît actuellement», en soulignant qu’«en fait, les préoccupations de Rachid Mimouni, la liberté, le respect de l’autre, la lutte contre le totalitarisme, c’est ce que l’on retrouve chez les manifestants d’aujourd’hui».