Avec beaucoup d’émotion, Gisela Goethner-Aït Mokhtar a raconté, au cours de la rencontre organisée samedi dernier à la librairie Chihab Internationale, «une histoire particulière et pratiquement inconnue en Algérie comme en Allemagne», celle dont elle témoigne dans le livre, celle de son époux et «camarade de guerre», devant une assistance composée notamment d’anciens militants.

La librairie Chihab Internationale a accueilli, avant-hier après-midi, la moudjahida Gisela Goethner-Aït Mokhtar, qui a présenté son livre, «La guerre d’Algérie en France. Mémoires et Combats 1956-1962», éditions Chihab, (octobre 2017). Cet ouvrage, préfacé par l’historien Daho Djerbal, qui a modéré la rencontre, est structuré autour de deux grandes parties. La première est une restitution du manuscrit légué par son époux, le moudjahid Nacer Eddine Aït Mokhtar, dit «Si Madjid». «Un manuscrit qu’il avait rédigé dans les dernières années de sa vie avec une sorte de biographie, mais aussi et surtout un carnet de route portant le compte-rendu détaillé de la lutte armée du FLN en France, vue par le responsable-adjoint de l’Organisation spéciale de la Fédération de France du FLN chargé avec Saïd Bouaziz de la mise en œuvre des actions militaires en territoire français», écrit Daho Djerbal dans sa préface. Alors que la deuxième partie revient sur «sa rencontre et son union» avec Nacer Eddine Aït Mokhtar et son engagement pour la cause nationale, elle, qui était membre du réseau «Hirondelle» en Allemagne. Avec beaucoup d’émotion, et parfois les larmes aux yeux, Mme Goethner-Aït-Mokhtar a raconté «une histoire particulière et pratiquement inconnue en Algérie comme en Allemagne», celle dont elle témoigne dans le livre, celle de son époux et «camarade de guerre», devant une assistance composée notamment d’anciens militants. Elle a expliqué que la publication de ce livre lui «tenait à cœur», qu’elle avait un devoir de mémoire envers celui qu’elle a rencontré, à la fin de l’année 1959, dans une gare à Düsseldorf et qui a été exemplaire dans son engagement, dans ses positions, dans sa vie. La moudjahida est revenue sur sa rencontre avec Si Madjid et son histoire familiale. Son père, Adolf Goethner, soutenait la Révolution algérienne. «Il a construit un garage dans son jardin pour stocker des armes.» Et c’est dans cette maison, et après bien des rencontres au hasard, que Gisela et Nacer Eddine se sont revus. Le point de départ pour une histoire d’amour et de combat : ensemble, ils militeront côte à côte («Madjid était mon chef», précise-t-elle), puis ils feront leur vie ensemble. Se positionnant comme «témoin», Gisela Goethner-Aït Mokhtar a souligné que Si Madjid était «un exemple de bravoure et de l’engagement», recruté en 1956/1957, comme rappelé par Daho Djerbal, «par Amar Benadouda et Moussa Kebaïli, alors qu’il était étudiant en médecine en France» ; études qu’il a abandonné pour faire partie de la Spéciale du FLN. Mais lorsqu’il était encore étudiant, Nacer Eddine Aït Mokhtar travaillait comme contremaître pour financer ses études, car bien qu’appartenant à une grande lignée, sa famille avaient des moyens modestes. Outre le fait que sa famille a toujours résisté au colonisateur, «son père a été déchu de ses fonctions de caïd pour faits de résistance», signale M. Djerbal. A l’Indépendance, Nacer Eddine et Gisela rentrent en Algérie, le 31 octobre 1962. «Il ne voulait pas entrer dans le gouvernement et n’a jamais rien demandé à ce gouvernement. Il était passionné par la médecine et s’est inscrit en deuxième année de médecine à Alger», raconte-t-elle. Il fera ensuite son professorat à Bruxelles, en Belgique, et deviendra professeur de gynécologie obstétrique et exercera à l’hôpital Parnet. Selon Daho Djerbal, «il a ouvert la première école d’infirmière à Parnet». Gisela Goethner-Aït Mokhtar est, ensuite, revenue sur les douloureuses années de la maladie de son époux, les problèmes et difficultés rencontrés pour ses soins, et la solitude à laquelle elle a dû faire face pour soigner son mari, utilisant sa propre assurance et ses propres ressources financières. On est peut-être dépité par le manque de reconnaissance, et à l’écoute de ce témoignage poignant, mais Mme Goethner-Aït Mokhtar, qui vit encore en Algérie, est surtout déçue mais fière d’avoir accompagné son mari, sa vie durant, et jusqu’à sa dernière demeure. Ce qui reste de ce témoignage qui nous est transmis, dans le livre et au cours de la rencontre, est un sentiment du devoir accompli, un très beau message d’espoir et d’amour. Et, le plus fascinant dans tout cela, est la fidélité, la fidélité à un homme, à une cause, à un pays. La fidélité à un juste combat. Celui de toute une vie, avec ses joies et ses peines.
• «La guerre d’Algérie en France. Mémoires et Combats 1956-1962» de Nacer Eddine Aït Mokhtar et Gisela Goethner. Mémoires, 280 pages, éditions Chihab,
Octobre 2017. Prix : 1 450 DA