Le conseil d’administration de Renault a désigné, mardi soir, le numéro deux de l’entreprise Thierry Bolloré pour assurer l’intérim de Carlos Ghosn, qui reste P-dg malgré son arrestation au Japon sur des soupçons de malversation, sur fond d’interrogations quant à l’avenir de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi. M. Bolloré, 55 ans, que

M. Ghosn avait choisi comme bras droit en février dernier, s’est vu confier «à titre provisoire» la direction exécutive du groupe et disposera donc des «mêmes pouvoirs» que le P-dg, qui demeure à son poste, mais dont le conseil n’a pu que constater qu’il était «temporairement empêché». Le conseil a aussi indiqué qu’il se «réunira (it) régulièrement, sous la présidence de l’administrateur référent», Philippe Lagayette, «pour préserver les intérêts de Renault et assurer la pérennité de l’alliance» avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi.
Cette nomination sans surprise de M. Bolloré répond au souhait énoncé plus tôt, mardi, par le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire, de mettre immédiatement en place un intérim à la tête du constructeur dont l’Etat détient 15% du capital. Si M. Ghosn garde pour l’instant formellement son poste chez Renault, le conseil d’administration de Nissan se prononcera, lui, sur le limogeage de son président aujourd’hui. Mitsubishi Motors (MMC) entend également le «démettre rapidement». Lâché de toutes parts, Carlos Ghosn, considéré, à 64 ans, comme un des plus puissants capitaines d’industrie au monde, est toujours détenu à Tokyo, où il a été arrêté lundi en descendant de son jet privé. Le parquet japonais reproche au Franco-libano-brésilien d’avoir «conspiré pour minimiser sa rétribution à cinq reprises entre juin 2011 et juin 2015», en ne déclarant que 4,9 milliards de yens (environ 37 millions d’euros) contre près de 10 milliards de yens sur la période.
Dans une conférence de presse, le président exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, a également mentionné «de nombreuses autres malversations, telles que l’utilisation de biens de l’entreprise à des fins personnelles», qui auraient été découvertes après plusieurs mois d’enquête interne. M. Ghosn aurait, en outre, selon la chaîne publique NHK, empoché des sommes déclarées au nom d’autres administrateurs. Mardi soir, le conseil d’administration de Renault a demandé à Nissan «de lui transmettre l’ensemble des informations en sa possession dans le cadre des investigations internes dont M. Ghosn a fait l’objet», disant ne pas être «en mesure de se prononcer sur les éléments dont disposeraient Nissan et les autorités judiciaires japonaises à l’encontre de M. Ghosn».
La rémunération de ce patron, aussi puissant que secret, a déjà donné lieu à bien des polémiques, tandis que son train de vie a également suscité des commentaires, à l’image par exemple de sa réception de mariage en grande pompe au château de Versailles en 2016. Carlos Ghosn touche quelque 15 millions d’euros par an au titre de ses diverses fonctions, un montant particulièrement élevé pour un industriel européen ou japonais, bien que très éloigné des faramineux salaires versés par exemple dans la finance aux Etats-Unis.
Au-delà du sort personnel de M. Ghosn, c’est toute l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, dont il orchestrait le fragile équilibre, qui tangue à la suite de ce coup de tonnerre.
L’affaire survient au moment où le P-dg du groupe aux 10,6 millions de véhicules, travaillait, selon le «Financial Times», à une fusion entre Renault et Nissan, une opération que le constructeur japonais rejetait et cherchait à bloquer de crainte qu’elle ne grave dans le marbre son statut de «second ordre» dans la structure, toujours selon le quotidien. M. Ghosn voulait rendre les liens entre Renault et Nissan «irréversibles», a commenté dans une note Kentaro Harada, analyste chez SMBC Nikko Securities. «Nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’alliance se retrouve affaiblie. Cela va-t-il changer l’équilibre du pouvoir (entre les parties française et japonaise), c’est la principale question», souligne-t-il. L’agence de notation Standard and Poor’s a d’ailleurs annoncé, mardi, qu’elle envisageait de baisser la note de la dette à long terme de Nissan, en raison en particulier des doutes autour de ce mariage à trois