Le cancer, c’est neuf millions de morts à travers le monde et 14 millions de nouveaux cas annuellement. 

En Algérie, ce sont 45 000 nouveaux cas et 24 000 décès par an. Outre une véritable prise en charge qui fait défaut,
en dépit des discours et actions, les cancéreux dans notre pays font face à une véritable problématique. Il s’agit de « l’hypocrisie de la Caisse nationale d’assurance », selon les termes du président de la Société algérienne d’oncologie. En effet, c’est un professeur Kamel Bouzid révolté qui s’exprimait, jeudi dernier, sur les ondes de la Chaîne III de la Radio nationale.
Connu pour son franc-parler, le Pr Bouzid a pointé du doigt les modalités de remboursement des traitements, chiffrant, par exemple, ceux pratiqués dans des établissements privés pour un cancer du sein entre 400 000 et 600 000 dinars, donc autrement plus chers, « lorsque des patients vont se faire soigner en Turquie ou en France ». En 1987, a-t-il rappelé, la consultation du médecin généraliste coûtait 80 DA. Mais « aujourd’hui, les tarifs et les prestations ne sont plus les mêmes. La consultation chez le généraliste est à
1 000 DA et pour les spécialistes le chiffre atteint les 4 000, voire 8 000 DA ».
Mais la Cnas rembourse toujours seulement 80 DA. « Les centres privés anticancer devraient aussi être pris en charge par la Caisse de sécurité sociale pour le remboursement. Soyons sérieux », s’est écrié le professeur Kamel Bouzid.
« Ainsi, l’actualisation de la nomenclature des prestations médicales est une nécessité impérative », a-t-il soutenu. « J’ai interpellé plusieurs fois le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale sur ce point précis parce que la grande hypocrisie consiste à dire que les soins hospitaliers contre le cancer sont remboursés à 100%. Or, nous savons très bien que tout ce qui est analyses médicales – qui représentent par exemple pour un cancer du sein environ 300 000 dinars – n’est pas remboursé », a-t-il dénoncé. Il s’agit de toutes les analyses et clichés d’imagerie médicale, réalisés par des intervenants privés, contre de fortes sommes, qui ne donnent lieu qu’à « de faibles taux de remboursement ».
Le professeur Bouzid a également lancé un appel au ministère de la Santé sur les affectations des nouveaux spécialistes. «72 nouveaux spécialistes viennent de réussir au DEMS (diplôme d’études médicales spécialisées), il faudrait que leurs affectations obéissent à une fonctionnalité et pas à une bureaucratie, en assurant un service continu des hôpitaux, avec plusieurs oncologues par service, par exemple », a-t-il dit
à ce propos. S’exprimant sur les premiers résultats du Plan anticancer, étalé sur la période de 2015 à 2019, le Pr Kamel Bouzid a noté que « les capacités de prise en charge, notamment en radiothérapie, ont été multipliées, puisqu’il y avait 6 accélérateurs fonctionnels en 2011 et, maintenant, nous comptons 25 dans le secteur public ». Jugeant, toutefois, quelles restent encore insuffisantes, «même si les rendez-vous y ont été ramenés à 5 jours en moyenne ». Évoquant le volet lié à la formation, le même spécialiste a mis en évidence la nécessité d’une adaptation des formations aux développements technologiques, estimant qu’il s’agit d’une «préoccupation» des ministères de l’Enseignement supérieur et de la Santé. Mettant en avant l’existence d’une volonté de réformer les études médicales en graduation et en post-graduation, le Pr Bouzid a exprimé le souhait de voir cette volonté s’«exprimer sur le terrain à la prochaine rentrée universitaire».