Le remaniement opéré hier au sein du gouvernement n’a pas produit de grands changements au sein de l’équipe exécutive. Avec le maintien d’Abdelaziz Djerad à sa tête et la conservation à leurs postes de tous les ministres chargés des portefeuilles dits de souveraineté ou à caractère politique sensible, à l’exception du départ-surprise d’Abdelmadjid Attar du secteur de l’Energie, la logique qui semble avoir dominé ce choix est à voir dans les limites imposées par le choix politique du président Tebboune de dissoudre l’APN et d’organiser un vote législatif anticipé à l’été prochain.

Le chef de l’Etat a procédé hier au changement de gouvernement qu’il avait annoncé jeudi dernier dans son discours à la nation. Il s’agit en vérité d’un remaniement à caractère largement technique et sans prise de risque ni audace politique comme on a cru s’y attendre. La logique qui semble l’avoir dominé avec le maintien en poste du Premier ministre Abdelaziz Djerad en poste est celle de s’occuper en premier lieu et au plus vite des secteurs en réelle difficulté en dépit des déclarations de leurs ex-responsables et dont les défaillances accumulées, durant la crise sanitaire pour certains, sont susceptibles de créer des foyers de crise et de désordre social. Elle semble être caractérisée en second lieu par le souci de ne toucher à aucun portefeuille dit de souveraineté ou à caractère politique sensible. Ni l’intérieur, ni la justice, ni les finances et encore moins de la communication n’ont été touchés.
L’argument retenu à ce sujet semble être celui de la continuité dans la conduite des affaires actuelles du pays jusqu’à la prochaine mise à jour du calendrier électoral, qui devrait intervenir durant cet été. Dans ce cas particulier, on est loin des déclarations du président de la République qui avait laissé entendre sur la base de ses déclarations propres et poliment sévères à l’égard de l’Exécutif et du Premier de ses ministres Abdelaziz Djerad, qu’il allait faire bouger les lignes selon son écoute des besoins des Algériens. On est plutôt proche de la raison pré-électorale de préparer le pays aux élections législatives anticipées que M. Tebboune a décidé d’organiser dans le sillage de la dissolution actée hier de l’Assemblée populaire nationale (APN).
Pour les secteurs dans le besoin d’une reprise en main rapide, vient en premier lieu celui des ressources en eau. L’ancien responsable de ce département Arezki Berraki, remplacé par Mustapha Kamel Mihoubi, n’a pas arrêté durant ces derniers mois d’affirmer au mépris des données aggravées aujourd’hui par le manque cruel de pluie que les barrages sont pleins et qu’il n’y aura pas de risque de perturbation d’approvisionnement. La grave pénurie d’eau qui s’est déclarée durant l’aïd El Kébir de l’année dernière dans l’Algérois et qui s’est soldée par le limogeage de cadres de la SEEAL ne semble pas lui avoir suffi pour réagir efficacement, affirment aujourd’hui des observateurs. Ceux-ci estiment d’ailleurs qu’il a trop joué « politiquement » sur le discours sans l’action de terrain ou d’appel suffisant à l’économie de la ressource.
Il en est de même pour l’habitat, autre secteur hyper sensible où de très nombreux projets immobiliers publics n’ont pas encore été livrés alors que les délais de cette opération sont aujourd’hui largement dépassés et que l’impatience des souscripteurs se manifeste actuellement jusque dans les chantiers de construction au milieu du parpaing et des bétonnières. A la différence des ressources en eau, cependant, ce secteur bénéficie des circonstances atténuantes rendues indiscutables par la pandémie du Covid-19 et ses conséquences sur ses activités. Son ancien responsable, Kamel Nasri, ne quitte pas le gouvernement, mais se retrouve nommé à la tête des travaux publics à la place du sortant Farouk Chiali.
A l’industrie, la vox populi avait déjà tranché et pariait depuis des semaines sur le départ de son ancien ministre. Le remuant Ferhat Ait Ali ne semble pas s’être cassé les dents sur le seul dossier de la concession automobile, très suivi des Algériens et qui lui a valu de vives critiques qu’il a rejetées à sa manière de polémiste, mais sur celui de l’industrie en entier puisqu’il laisse derrière lui les chantiers qu’il avait promis de boucler. La dernière bonne initiative de relancer la sous-traitante et les industries électronique et électroménagère en desserrant les verrous à l’importation n’a pas sauvé son mandat.
Pour l’environnement et le tourisme, qui ont vu leurs anciens responsables remerciés, le plus utile est de ne pas trop s’attarder sur leur bilan inexistant même si le second a réellement été frappé par la Covid-19. La même remarque est autorisée s’agissant des ministres délégués, tous quasiment passés à la trappe avec, toutefois une grosse interrogation, sur la disparition du portefeuille relatif à l’agriculture saharienne dont l’importance n’est pas à démontrer.
En ce qui concerne les ministères maintenus dans le cadre de la continuité de la conduite des affaires jusqu’au vote législatif anticipé, la grosse surprise est sans conteste celle du départ de l’ancien ministre de l’Energie. L’inventaire rapide des actions d’Abdelmadjid Attar ; remplacé par Mohamed Arkab qui conserve les mines également, n’explique pas vraiment pourquoi il a été remercié, alors qu’il semble avoir bien présidé l’OPEP au nom de l’Algérie durant 2020 et qu’il paraît bien conduire les dossiers d’un département au sein duquel il a fait toute sa carrière. En attendant des explications sur son départ, son collègue maintenu de la Transition énergétique, Chems Eddine Chitour, le regrettera sûrement pour avoir établi avec lui de bonnes relations. Nous y reviendrons.