L’Indonésie, la Malaisie et Singapour renoncent, cette année, à envoyer leurs pèlerins au Hadj, dont la saison devrait commencer dans quelques petites semaines. Le Sénégal a déclaré «suspendre toutes les formalités» pour ce pèlerinage tandis qu’en Tunisie, on suppose officieusement que le contingent habituel de hadjis sera ramené à 20% seulement si le pèlerinage aura lieu.
D’autres pays comme le Liban, le Maroc ou la Turquie attendent des signaux de Ryad. C’est également l’attitude de l’Algérie, dont le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs Youcef Belmehdi a indiqué que tout dépendra de l’évolution de la crise sanitaire et de la décision qu’auront à prendre les autorités saoudiennes. «Nous sommes dans l’attente des rapports internationaux, notamment des Saoudiens sur l’évolution de la situation», a déclaré le ministre, jeudi 4 juin, ajoutant que la partie saoudienne a pris attache avec les parties concernées en Algérie pour leur demander de «temporiser la finalisation des procédures définitives de l’opération du Hadj» jusqu’à ce que la situation soit plus claire. «Les consultations entre les deux parties sont toujours là. Nous gardons espoir, mais pour l’heure nous n’avons encore rien reçu», a-t-il ajouté.
Ainsi, tous les regards sont rivés sur Ryad et au choix délicat que la monarchie aura à faire avant la fin du mois de juillet, période du Hadj prévu entre le 28 juillet et le 2 août prochain. Ce choix tient en une question, annuler le plus grand rassemblement religieux musulman dans le monde, 2,5 millions de fidèles, avec des conséquences psychologiques certaines et peut-être géopolitiques ? Ou limiter le nombre de pèlerins au maximum pour éviter un évènement fâcheusement inédit pour le royaume wahhabite depuis sa création en 1932, traumatisant pour les musulmans pratiquants, tout en tenant compte des restrictions sanitaires, fermeture des mosquées, couvre-feu de 15H à 6H du matin, maintien d’une surveillance sanitaire à la Mecque, dans un pays où le nombre de décès causés par le nouveau coronavirus a dépassé, lundi, la barre des 1 000, a annoncé hier le ministère saoudien de la Santé.
Quotas limités ?
Selon le ministère, 1 011 personnes sont mortes de la maladie alors que le nombre d’infections a atteint 132 048, le plus élevé parmi les pays du Golfe. Lundi, plus de 4 000 nouveaux cas ont été enregistrés, pour le deuxième jour consécutif, selon les autorités qui avaient annoncé récemment des mesures de déconfinement même si la ville de Djeddah, porte d’entrée des Hadjis, reste soumise à une surveillance accrue. Leur restera-t-elle fermée cette année ? «La décision sera bientôt prise et annoncée», assure un responsable saoudien cité par l’AFP.
Le site iqraa.com de la chaîne de télévision religieuse du même nom indiquait, le 8 juin dernier, que le Hadj 2020 aura lieu mais dans des conditions drastiques et avec un nombre de pèlerins limité. Un autre site saoudien Al-Madenah News rapportait, le 4 juin dernier, que les autorités saoudiennes ont l’intention d’ouvrir les inscriptions pour le Hadj très prochainement, mais en délimitant les lieux à visiter et en limitant fortement les quotas des pays islamiques uniquement. Les candidats au Hadj originaires de pays non musulmans ou y résidant en seront exclus. «Le retard dans l’annonce de sa décision montre que l’Arabie saoudite pèse les conséquences politiques de l’annulation du hadj ou de la réduction de son ampleur», estime pour l’AFP Umar Karim, chercheur au Royal United Services Institute de Londres. Le royaume «gagne du temps», juge encore un responsable d’un pays d’Asie du Sud qui parle d’une partie «à pile ou face». «Si les Saoudiens disent, à la dernière minute, être prêts pour le hadj, de nombreux pays ne seront pas en mesure d’y participer», remarque-t-il. De nombreux vols internationaux étant suspendus, un hadj n’accueillant que les personnes habitant en Arabie saoudite est un scénario possible, ajoute-t-il. n