L’Ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, a de nouveau affirmé la volonté de Paris et d’Alger de tourner la page de «la crise réelle» et du «quasi gel des relations durant plusieurs mois» de l’année 2021.

Par Nadir Kadi
L’Ambassadeur, dans un entretien à la chaîne Ennahar TV, a en effet expliqué que la visite du président Emmanuel Macron et la signature de la «déclaration d’Alger», le 27 août, puis la venue de la Première ministre Mme Elisabeth Borne, accompagnée de la «moitié du gouvernement», permet aujourd’hui d’envisager un «nouveau départ et un nouveau cadre» pour la «refondation» du partenariat entre les deux pays. En ce sens, au moins trois visites de ministres français devraient être organisées dans les prochains mois.
«Les relations franco-algériennes se basent, selon la volonté exprimée par les deux capitales, sur un «partenariat d’égal à égal (…) entre pays souverains et dans le respect entier et mutuel de la pleine souveraineté de chacun», explique François Gouyette. L’Ambassadeur de France a en ce sens insisté sur le retour à la normale des relations entre les deux pays, et plus encore, sur l’importance et le caractère exceptionnel de la récente visite de la Première ministre. «C’est très rare que la moitié du gouvernement se déplace dans un pays étranger (…) et je crois que cela ne s’est jamais produit avec un pays hors Union Européenne. Cela montre l’importance de cette visite, du choix fait par le Président de relancer la relation avec l’Algérie», a-t-il indiqué. Ainsi, cette visite qui avait l’occasion d’organiser la rencontre du Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), devrait être suivie de plusieurs visites dans les prochains mois, et notamment, selon l’Ambassadeur, de celles du ministre français du Commerce extérieur, du ministre des Armées «début 2023» puis, du ministre des Affaires étrangères «au début du printemps» dans la cadre du Comité mixte économique franco-algérien (Comefa).
L’entretien a également été l’occasion de revenir sur certains points ayant conduit à la «brouille» diplomatique de 2021, notamment la question de l’Histoire, mais aussi l’expulsion des clandestins ou la délivrance des visas aux Algériens. L’Ambassadeur explique en ce sens que de nombreux gestes ont été accomplis par son pays, rappelant ici la restitution des restes de combattants algériens à la colonisation, le rapport demandé à l’historien Benjamin Stora «dont a découlé un certain nombre de recommandations», mais aussi des «gestes symboliques» notamment la visite du président E. Macron à la veuve de Maurice Audin, ainsi qu’à la famille Boumendjel et la «reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la mort d’Ali Boumendjel».
Par ailleurs, l’ambassadeur de France a également déclaré avoir été personnellement marqué par le «caractère très fort du geste du Président (E. Macron) lorsqu’il s’était incliné à la mémoire des Algériens jetés dans la Seine par la police de Papon le 17 octobre 1961. Cela était sans précédent, je ne sais pas si l’on a bien pris la mesure en Algérie de l’importance symbolique d’un Président qui s’incline à la mémoire des Algériens, cela ne s’était jamais fait».

La question des visas
Revenant par ailleurs sur les problématiques des visas et des modalités d’expulsion des clandestins, l’ambassadeur affirme qu’il «y a une situation qui nous conduit à réduire le volume de la délivrance des visas, maintenant, et cela a été annoncé, nous envisageons de reconsidérer cette décision». L’Ambassadeur explique qu’il s’agira «des publics qui concourent à la vitalité de la relation entre la France et l’Algérie» et notamment les acteurs économiques, les étudiants ou encore les artistes… Les «modalités» pour l’attribution des visas restant, quant à elles, celles définies par l’UE, et plus exactement par les accords de Schengen.
Toutefois, la décision d’octroyer le visa est aussi «une décision souveraine pour chaque Etat». Quant à la question des modalités d’expulsion des clandestins algériens présents sur le sol français, l’Ambassadeur a évoqué, entre les lignes, la problématique en déclarant «… Il faut que ceux qui concourent à la vitalité de la relation bilatérale puissent se rendre plus facilement en France (…) et en même temps, ceux qui n’ont pas vocation à se maintenir sur le territoire français (…) puissent être reconduits dans des conditions normales».
Abordant également les perspectives en matière économique, François Gouyette estime qu’elles sont aujourd’hui «positives». Rappelant que le forum économique, organisé en marge du CIHN, avait permis la venue à Alger des représentants d’une «cinquantaine d’entreprises françaises (…) Il y a une volonté très claire d’investir et de s’investir en Algérie». L’Ambassadeur, ajoutant dans cette logique, que la présence des entreprises françaises en Algérie est déjà ancienne. «Ces entreprises concourent à leur manière au développement économique de l’Algérie et créent des emplois», estimant en ce sens que 20 000 postes directs ou indirects ont été créés par les entreprises françaises «dont 2 000 emplois directs dans le seul secteur de l’agroalimentaire».
Par ailleurs, la réforme de la législation algérienne en matière économique, et notamment la suppression de la règle des 49/51%, serait également vue avec optimisme : «La loi sur l’investissement et ses décrets d’applications rendus public, constitue un progrès indéniable de l’avis des opérateurs français et algériens.». Et dans cette logique, il a été rappelé que le volume des échanges entre les deux pays a été de l’ordre de 10 milliards de dollars en 2021 et les investissements français en Algérie proches des 2,4 milliards d’euros. n