L’intensification de la coopération économique algéro-américaine est suspendue actuellement suite à la persistance de la crise sanitaire dans les deux pays, la conjoncture politique, la chute des prix du pétrole et la non-promulgation des textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures.

Les visites successives de hauts responsables américains dans le domaine de la sécurité, respectivement du chef d’Africorm et du chef du Pentagone, augurent non seulement d’un développement de la coopération sécuritaire avec les Etats-Unis face aux menaces terroristes en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, mais également d’un approfondissement de la coopération économique entre les deux pays. L’ancien ambassadeur des Etats-Unis à Alger, John Desrocher, qui vient de boucler sa mission à la tête de la représentation américaine à Alger, avait affiché la volonté des Etats-Unis d’aller au-delà de la coopération sécuritaire déjà étroite, en accompagnant la diversification de l’économie algérienne. Aujourd’hui, on en est à un wait and see des deux parties sur le plan économique pour différentes raisons. Primo : les deux pays sont beaucoup plus préoccupés par la riposte aux effets de la crise sanitaire. Secundo : les Etats-Unis s’apprêtent à élire un nouveau Président ou à reconduire Donald Trump à la tête de la Maison-Blanche. L’Algérie, elle, se réorganise sur le plan de la gouvernance de son économie par un large chantier institutionnel et se prépare au référendum sur la Constitution qui déterminera l’orientation politique de l’Algérie d’ici à 2024. Troisième facteur : les investisseurs américains attendent des signaux en matière d’amélioration du climat des affaires et la promulgation de textes d’application de la nouvelle loi sur les hydrocarbures pour s’impliquer davantage en Algérie. Quatrième facteur : la chute brutale des prix du brut qui a affecté les résultats financiers des grandes compagnies pétrolières et qui n’incite pas à l’investissement pétrolier. Il faut savoir que le secteur énergétique reste au coeur des échanges économiques entre l’Algérie et les Etats-Unis. En particulier, la compagnie américaine Oxy, qui a repris les actifs d’Anadarko, détient le gros des intérêts étrangers dans le secteur des hydrocarbures. Au cours des trois dernières années, des compagnies américaines parmi les plus grandes dans le monde ont manifesté leur intérêt à investir en Algérie, notamment Exxon Mobil et Chevron. La première s’est vue confier des études sur le potentiel hydrocarbure du pays. Ces deux dernières compagnies ont également signé un mémorandum d’entente, c’est-à-dire un accord préliminaire pour saisir des opportunités de développement de gisements de pétrole et de gaz découverts et non exploités. Mais comment expliquer ce regain de l’intérêt américain pour le domaine minier national ?

L’énergie au coeur des relations économiques
Il faut savoir que depuis au moins 2010, Sonatrach principalement par ses propres efforts a découvert environ 200 gisements de pétrole et de gaz, des petits et moyens gisements dont les coûts d’exploitations sont plus élevés qu’auparavant. La compagnie pétrolière nationale table en ce sens sur la technologie américaine pour parvenir à rentabiliser ces champs et à les exploiter en partenariat avec notamment les compagnies américaines. Ces dernières savent, suite aux rods schows aux Etats-Unis effectuées depuis ces dernières années, qu’autour de Hassi Messaoud et dans le bassin de Berkine se trouvent des réserves de pétrole significatives non développées mais qui sont moins faciles à exploiter. Tout cela explique pourquoi la nouvelle loi sur les hydrocarbures est plus attractive en termes de fiscalité pour les investisseurs étrangers. Quant au partenariat Sonelgaz avec le groupe américain Général Electric, il repose surtout sur l’usine de montage de turbines à gaz de Batna en voie d’achèvement pour une capacité de 1500 MW/an, soit la totalité des besoins de l’Algérie en nouvelles centrales électriques. Avec la nouvelle politique en matière de transition énergétique qui table sur le développement des énergies renouvelables, le gouvernement risque de revoir à la baisse les investissements de Sonelgaz dans de nouvelles capacités de production. L’usine de Batna devra alors placer une partie de ses turbines sur les marchés extérieurs. Général Electric est également présente en Algérie à travers l’usine de têtes de puits en voie d’achèvement à Oran, destinées au secteur pétrolier. Elle sera également impliquée dans la fabrication d’autres équipements pour Sonatrach et dans l’augmentation de la capacité d’intégration de l’industrie pétrolière nationale.
Il faut relever enfin que les relations économiques entre les deux pays ne se limitent pas à l’énergie. Elles s’étendent à l’agriculture, aux TIC, à l’industrie manufacturière, à la formation, aux services. La diversification de ses échanges passe pour l’agriculture à surmonter l’échec des grands projets de partenariat dans la mise en valeur des terres (projet d’El Bayadh), pour les TIC à rendre plus ambitieuse cette coopération. Il faut savoir que sur ce volet, l’Ambassade des Etats-Unis à Alger a financé un programme de création de start-ups locales qui a été couronné par la naissance de plusieurs jeunes entreprises. L’Algérie pourrait bénéficier sur ce volet de l’expérience de la Silicon Valley et de la diaspora algérienne aux Etats-Unis dont plusieurs ont réussi à créer leur entreprise et à la développer dans cette cité spécialisée dans les TIC de renommée mondiale. Il faut également relever que les Etats-Unis ont financé plusieurs programmes de formation de juristes notamment en matière de Cyber criminalité au profit de magistrats algériens. Quant aux services, il faut signaler l’ouverture de restaurants sous l’enseigne de la franchise américaine Pizza Hut à Alger et de grands hôtels managés par la chaîne américaine Mariott notamment à Bab Ezzouar. Avec le plan de relance, s’ouvrent de nouvelles opportunités de partenariat notamment dans les mines, l’agriculture, dans la construction automobile, les finances. L’enjeu à l’après-Covid est donc d’accroître la diversification des échanges algéro-américains, étant entendu que gouvernance démocrate ou républicaine, les relations algéro-américaines, pas au rythme et la densité attendue, ont poursuivi leur développement. Elles devraient aller en s’intensifiant sur la base du principe gagnant-gagnant en matière de partenariat. <