Par Khaled Remouche
L’entretien accordé par le ministre de l’Energie au magazine allemand Der Spiegel apporte des éclaircissements quant à la capacité de l’Algérie à approvisionner l’Europe en gaz, sur la relation énergétique avec l’Espagne, après la rupture de l’accord d’amitié entre les deux pays et des échanges commerciaux, sur le projet de gazoduc avec l’Italie et le gazoduc transsaharien Nigal.
Le premier responsable du secteur lie l’approvisionnement de l’Europe en quantités supplémentaires de gaz à l’investissement de compagnies européennes. En un mot, cela sera possible à cette condition à moyen terme. «Si l’Allemagne veut acheter du gaz, investissez dans de nouveaux gisements comme les Italiens avec le groupe ENI. Nous avons un programme d’investissement de 39 milliards de dollars pour accroître la production de gaz et de pétrole d’ici à 2026. Sonatrach lèvera la majorité des investissements. Nous recherchons des partenaires pour le reste.» En clair, c’est un appel du pied aux entreprises européennes à investir en Algérie suivant le modèle ENI.
Il faut rappeler ici que l’ENI a signé avec Sonatrach un accord pour l’achat de 3 milliards de mètres cubes de gaz supplémentaires à partir de 2023 et à une échéance moyen terme, un volume au total de 31 milliards de mètres cubes/an. Un accord qui ouvre la possibilité à moyen terme d’exporter du gaz algérien vers d’autres pays européens via l’Italie. Ces trois milliards de mètres cubes/an proviendront du développement en cours de gisements dans le bassin de Berkine en partenariat entre ENI et Sonatrach. ENI et la compagnie nationale pétrolière sont en train de mener des travaux en matière d’exploration dans la région pour identifier d’autres réserves de gaz qui pourraient garantir ce volume de 31 milliards de mètres cubes/an. Optimiste, le ministre de l’Energie affirme que l’Algérie peut augmenter sa production de gaz en peu de temps. Il souligne en ce sens que la moitié de nos réserves en gaz ne sont pas exploitées et qu’il existe une capacité de production de gaz inutilisée, en particulier des gisements inexploités dans le Sud-Ouest. Il s’agit sans doute du gisement de gaz de l’Ahnet. Sur une question sur le gaz de schiste, il a répondu qu’on en est à la phase évaluation. «Pour l’instant, nous travaillons sur le gaz conventionnel, 50% de nos réserves sont inutilisées. Il existe encore de nombreux gisements de gaz inexploités. Jusqu’à présent, nous avons travaillé presque exclusivement sur l’Est.» Sur la relation énergétique avec l’Espagne, il rappellera la position du pays. L’Algérie continuera à honorer les contrats de vente et d’achat de gaz algérien signés avec les entreprises espagnoles. Il indiquera, qu’après avoir signé récemment le contrat d’achat et de vente de gaz avec l’ENI, Sonatrach mène des discussions avec l’entreprise espagnole Naturgy portant sur une augmentation du prix du gaz algérien livré à l’Espagne.» «Les contrats d’approvisionnement sont renouvelés tous les trois ans tant en volume qu’en prix. Le prix du gaz suit le prix du pétrole et lorsque le prix du pétrole augmente, le prix du gaz fait de même. Il est évident que des discussions sur une augmentation sont en cours», a-t-il argué.
Quant aux infrastructures de transport du gaz vers l’Europe, il a indiqué qu’il existe un projet de gazoduc avec l’Italie en attente. Il s’agit probablement du gazoduc Galsi devant relier la côte Est de l’Algérie à la Sardaigne puis le nord de l’Italie. Le pipe algérien de Hassi R’mel à la côte Est est prêt. Il citera aussi le projet Nigal. «Le deuxième projet est le pipeline transsaharien de 4 000 kilomètres, reliant le Nigeria via le Niger à l’Algérie. De nombreuses infrastructures ont été déjà créées en Algérie. Le gazoduc peut être activé. Nous pouvons transporter 20 à 30 milliards de mètres cubes de gaz depuis le Nigéria.» n