Par Fazil Asmar
Le gouvernement se prépare à livrer son programme socio-économique dans un contexte particulier de grave crise sanitaire et économique, souligne le consultant international en économie et en énergie, Abderrahmane Mebtoul, espérant que le plan de relance sera efficace et qu’il passera d’abord par un bilan lucide afin de tracer des perspectives et éviter de commettre les erreurs du passé.
Surtout que sur le plan géostratégique, rappelle-t-il, la région du Sahel connaît un véritable bouleversement sans précédent, sans compter les tensions au Moyen-Orient, notamment en Iran, en Syrie, en Irak et dans d’autres contrées du monde. Une situation qui nécessite, selon lui, un front social interne solide qui tienne compte des différentes sensibilités, grâce à un dialogue productif au profit exclusif de l’Algérie et une réorientation urgente de la politique socio-économique, afin d’éviter le drame des impacts des années 1990/99, conséquence du manque de vision stratégique et de la chute drastique des recettes de Sonatrach, principal pourvoyeur de devises.
Ainsi, pour lui, la conception d’un nouveau programme socio-économique doit inclure plusieurs axes. Au nombre de dix, le premier est celui de la sécurité et de la paix sociale, à préserver, nécessitant une nouvelle approche dans les relations internationales et où les ambassades débureaucratisées doivent servir d’appui aux actions internes. Mais aussi par la mise en place d’un minimum du Smig social, où les différentes sensibilités puissent dialoguer dans un cadre organisé. Le deuxième axe consiste en la mise en œuvre d’une politique s’orientant vers un véritable processus démocratique, se fondant sur une société plurielle et plus participative, tandis que le troisième stipule une refonte des institutions centrales et locales liées à la bonne gouvernance, à la lutte contre la bureaucratisation de la société, contre l’informel et la corruption.
Dans les autres axes, il s’agira aussi d’améliorer le fonctionnement des marchés et des initiatives par un meilleur climat des affaires et une politique incitative d’encadrement macro-économique et macro-social solidaires et loin des discours. Prendre en compte aussi l’indice du développement humain, comme le recommande le PNUD, dont la santé et l’éducation, pour booster le taux de croissance. «Il sera important, par ailleurs, de réformer Sonatrach en faveur d’une économie productive et non rentière, de dynamiser la bourse des valeurs et du système financier. Accélérer la numérisation de ce système afin qu’il s’oriente au profit des projets créateurs de valeur ajoutée», estime-t-il. Il appelle également à la restructuration des capitaux marchands de l’Etat via des mécanismes de transparence pour éviter la dilapidation et en favorisant le partenariat public-privé, la privatisation partielle et totale.
Dans un autre axe, garantir un minimum de sécurité alimentaire grâce à une nouvelle politique agricole axée sur la mise en valeur des terres et des Hauts-Plateaux du Sud et une nouvelle politique de l’eau. «Il est impératif aussi de donner la priorité à la connaissance, soutenir le développement par une administration centrale et locale rénovée et muter progressivement les services collectifs, tels que l’éducation, le transport et la santé, vers la chaîne de valeurs, en introduisant les paramètres marchands pour tester leur efficacité, tout en encourageant la mixité afin d’améliorer les prestations fournies aux consommateurs», conclut-il.