Parmi les ministres ayant opéré sous la conduite de l’ex-Premier ministre Abdelaziz Djerad, Mohamed Bacha est visiblement celui qui s’est distingué par le séjour le plus court à la tête d’un secteur. En effet, l’ex-détenteur du portefeuille de l’Industrie n’est arrivé à son poste qu’à la fin février dernier, où il avait succédé à Ferhat Aït Ali, avant de le quitter il y a quelques jours, suite à la démission du gouvernement présentée au Président de la République par M. Djerad.

Par Feriel Nourine
Avec une durée de tout juste quatre mois, M. Bacha n’aura donc pas eu le temps nécessaire de réaliser, ne serait-ce qu’une petite partie, des projets programmés pour la relance industrielle qu’il avait promise à ce secteur névralgique. Il est parti en se contentant de quelques opérations versées au compte de l’urgence, notamment la révision de certains textes de loi hérités de son prédécesseur, et à leur tête celui du dossier automobile.
Sauf qu’en matière de médiatisation, cette focalisation exagérée sur l’automobile, particulièrement dans son volet importations de véhicules neufs, qui intéresse naturellement l’opinion publique, n’est pas sans faire de l’ombre à de nombreux autres dossiers frappés, eux aussi, du sceau de l’urgence. Beaucoup plus que l’objectif de faire renaître le marché automobile, ces dossiers s’avèrent aujourd’hui d’une vitalité sans égale pour la relance industrielle que les pouvoirs publics disent avoir initiée, mais dont on ne voit malheureusement aucun signe palpable dans cette conjoncture où les manœuvres restent toujours difficiles à opérer face à une pandémie qui ne veut pas se calmer.
Déjà malade avant l’arrivée de la Covid-19 durant le printemps de 2020, la machine industrielle a carrément cessé de fonctionner dans de nombreux secteurs depuis la mise en place des mesures sanitaires, rendant sa remise en branle encore plus ardue. En témoigne le nombre hallucinant des entreprises publiques et privées, concernées aujourd’hui par le plan de sauvetage de la faillite qu’il faudra bien mettre en place dans le cadre d’une démarche de cette relance. Laquelle a besoin de se concrétiser en comptant sur, entre autres projets, la libération de l’investissement à travers des mesures concrètes et réellement incitatives.
C’est en tous les cas aux mêmes priorités de son devancier qu’est appelé à agir le tout nouveau ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar. Une mission synonyme de «lourde responsabilité», comme l’a qualifiée ce dernier lors de la passation de pouvoirs qui s’est déroulée jeudi. Passant en revue les grandes lignes de son plan d’action, le nouveau premier responsable d’un secteur, considéré comme la locomotive de la croissance économique, a expliqué que ce plan visait à donner un nouvel élan notamment en «relançant les grandes entreprises industrielles publiques et les groupes industriels importants ainsi que la gestion des zones industrielles et d’activité et les pôles compétitifs». Référence visiblement faite à ces entreprises en grandes difficultés de trésorerie, mais aussi de management, à l’exemple de Sider et Eniem. Si le groupe implanté à Annaba continue à manger son pain noir en souffrant notamment d’un manque de matière première pour ses fourneaux, celui de Tizi-Ouzou fait face à une crise d’argent et de kits de montage qui s’aggrave de plus en plus, imposant des arrêts techniques qui ont tout d’une faillite annoncée. Comme l’ont fait ses prédécesseurs Mohamed Bacha et Ferhat Aït Ali, le nouveau ministre de l’Industrie promet, à son tour, de s’attaquer à ce type de problèmes qui déstabilisent le tissu industriel public. Qu’en sera-t-il réellement sur le terrain ? L’ancien parlementaire occupant le poste de président de la Commission finances et budget de l’APN sortante, et réélu sur la liste du FLN lors des législatives du 12 juin dernier, affirme qu’il ne ménagera «aucun effort pour que nos entreprises industrielles atteignent la créativité et l’innovation technologique à même de renforcer leur compétitivité». Dans cette logique, il ajoutera : «Nous allons opter pour le développement de nos start-ups innovantes dans le secteur et la pérennité et la protection des entreprises.» Il compte sur un plan d’action qui tend à «développer les branches industrielles équilibrées financièrement et qui jouissent d’une activité positive, notamment celles à caractère prioritaire dans le programme du président de la République et à impact direct dans la création de richesse et d’ emploi», dira-t-il. «Nous allons soutenir et plaider pour une formation qualitative et efficace de l’élément humain dans le secteur pour une transition industrielle escomptée», a-t-il soutenu, mettant en avant l’importance du soutien de l’investissement industriel et la valorisation et la gestion rationnelle du foncier industriel. Le nouveau ministre de l’Industrie s’est, par ailleurs, engagé à accorder à tous les acteurs industriels la liberté de l’initiative économique, qu’ils soient publics ou privés en vue de booster le secteur avec l’accompagnement de l’Etat.